Boussole de la refondation : À la découverte de la nouvelle carte territoriale du Mali

L’adoption des lois n°2023-006 et n°2023-007 en mars 2023 ne marque pas seulement une étape administrative, mais une véritable révolution géopolitique interne pour la République du Mali.

Une carte à titre indicatif

En troquant son ancien modèle pour une structure dynamique de dix-neuf régions et un district, l’État malien engage une mutation profonde visant à corriger les déséquilibres historiques entre les centres de décision et les périphéries productrices de richesses.

Cette nouvelle organisation repose sur une pyramide institutionnelle rigoureuse dont le socle est constitué de 12.712 villages, fractions et quartiers, représentant les cellules souches de l’identité nationale. Entre ce niveau de base et le sommet de l’État, le maillage intermédiaire s’est densifié pour atteindre 159 cercles et 815 communes, créant ainsi une proximité inédite qui transforme radicalement le rôle de l’administrateur. Celui-ci ne se contente plus de surveiller ; il devient l’architecte du développement local et le garant de la présence de l’État sur chaque kilomètre carré du territoire.

L’un des piliers de cette réforme réside dans l’adaptation chirurgicale de la charge administrative aux réalités géographiques et sociales du terrain. L’examen des ratios de communes par cercle révèle une stratégie différenciée : dans le centre du pays et le long du fleuve Niger, comme dans la région de Ségou qui affiche le ratio record de plus de sept communes par cercle, l’objectif est de gérer la forte densité humaine et de prévenir les conflits d’usage autour des ressources foncières et agricoles. À l’inverse, dans les vastes étendues septentrionales de Gao, Tombouctou ou Taoudénit, la multiplication des cercles – atteignant 16 pour la seule région de Gao – répond à un impératif de souveraineté sécuritaire. Dans ces zones où la densité de population est plus faible mais les enjeux stratégiques immenses, la présence physique de l’État est renforcée pour quadriller des espaces autrefois délaissés, assurant ainsi le contrôle des couloirs de circulation et la sécurisation des populations.

Cette restructuration territoriale trouve son prolongement naturel dans une corrélation audacieuse avec la richesse du sous-sol, orchestrée par le nouveau Code Minier d’août 2023. La carte administrative se superpose désormais avec précision à la carte géologique pour faire du découpage le moteur de l’économie nationale. Dans les régions de l’Ouest et du Sud, telles que Kayes, Kita et Bougouni, le maillage a été conçu pour encadrer précisément l’exploitation industrielle de l’or et du lithium. La création de la région de Bougouni, pivot de la transition énergétique mondiale avec les gisements de lithium de Goulamina, illustre cette volonté de gérer localement les impacts sociaux et environnementaux. Grâce aux nouvelles dispositions légales, le versement de 0,75% du chiffre d’affaires des entreprises minières au Fonds minier de développement local transforme chaque cercle et chaque commune en un pôle économique autonome, capable de financer ses propres infrastructures de santé et d’éducation par la rente directe du sous-sol.

Dans le Grand Nord et le bassin du Liptako-Gourma, cette architecture prépare l’avenir énergétique et stratégique du pays. Le bassin de Taoudénit et les reliefs de l’Adrar des Ifoghas ne sont plus perçus comme des confins lointains, mais comme des réservoirs critiques de pétrole, de gaz et de métaux rares comme l’uranium ou les phosphates. Le découpage en cercles plus nombreux permet de délimiter avec une clarté nouvelle les blocs de concession et facilite l’installation d’industries extractives sous la supervision directe de l’autorité préfectorale. Cette stratégie permet de passer d’une économie de rente centralisée à un modèle de «contenu local» porté par la loi n°2023-041. Désormais, les populations des 815 communes sont les premières destinataires des emplois et de la sous-traitance, la loi exigeant que la richesse extraite profite prioritairement au cercle et à la région d’origine.

En conclusion, la refondation territoriale du Mali constitue le socle d’un nouveau contrat social où la proximité administrative devient le levier indiscutable de la souveraineté économique. En structurant le pays autour de pôles de développement cohérents et en liant organiquement la gouvernance locale à la gestion des ressources naturelles, le Mali se dote des outils nécessaires pour transformer ses 25 millions d’habitants en acteurs d’une prospérité partagée. L’efficacité future de ce modèle reposera sur la capacité des nouvelles entités à assumer leur autonomie financière, garantissant que le potentiel géologique se traduise, enfin, par une stabilité durable et des services publics de qualité sur l’ensemble de la pyramide nationale.

MKL

Source : L’Aube

Laisser un commentaire