Au détour d’un grin de quartier, le débat s’est imposé de lui-même : en ce mois de carême, l’engagement solidaire des acteurs publics ne serait plus à la hauteur des attentes sociales.
Les membres du cercle de discussion dressent un constat sans détour : jadis très visibles durant cette période de jeûne et de partage, les partis politiques brillent aujourd’hui par leur absence.
Pour nombre d’intervenants, sous les régimes civils, le carême constituait un moment privilégié de proximité entre responsables politiques et citoyens. Distributions de vivres, ruptures collectives du jeûne (iftars), gestes symboliques en direction des couches vulnérables : ces initiatives rythmaient le mois sacré. Les discours eux-mêmes se teintaient de références religieuses, mettant en avant solidarité, compassion et entraide.
« Les partis politiques se savaient comptables de leurs actes devant les électeurs. Leur légitimité dépendait du suffrage. Cela créait une forme d’obligation morale et sociale », analyse un habitué du grin. À l’inverse, estiment certains, le pouvoir militaire ne serait pas soumis aux mêmes mécanismes de redevabilité politique, ce qui influerait sur la nature et l’intensité des actions menées durant le carême.
Les participants nuancent toutefois leur propos. « Les militaires font ce qu’ils peuvent, à leur manière. Mais il faut reconnaître que les partis politiques maîtrisaient mieux les activités liées au carême », soutient un autre intervenant, rappelant que ces pratiques s’inscrivaient aussi dans une stratégie de consolidation de base électorale.
Au-delà de la comparaison, c’est surtout la diminution globale des élans de solidarité qui inquiète les membres du grin. Plusieurs estiment que les initiatives observées ces dernières années sont en net recul par rapport aux périodes antérieures.
Dans un contexte marqué par la suspension des activités partisanes, les intervenants appellent les autorités actuelles à renforcer les actions sociales en direction des populations, particulièrement les plus vulnérables. « Les logiques d’un homme politique et d’un militaire ne sont pas les mêmes. Mais aujourd’hui, en l’absence de partis politiques, il revient aux autorités en place d’assumer pleinement cette responsabilité sociale », concluent-ils.
Ibrahima Ndiaye
Source : Mali Tribune
