Nommé Directeur général d’Énergie du Mali (EDM-SA) par le Conseil des ministres le 4 septembre 2025, Madani Dravé était très attendu au tournant.
Confronté à une opinion publique exaspérée par les délestages récurrents et l’irrégularité de la fourniture électrique, le nouveau patron de la société nationale a choisi l’exercice de vérité à l’occasion de son intervention sur la télévision nationale.
Face aux caméras de l’ORTM, il a dressé, sans détour, un état des lieux d’une entreprise confrontée à des contraintes structurelles lourdes : déficit de production, dépendance aux combustibles importés, tensions de trésorerie et vétusté d’une partie des infrastructures.
Le ton adopté par Madani Dravé tranche avec les discours technocratiques souvent reprochés aux dirigeants d’entreprises publiques. Il a reconnu les difficultés systémiques d’EDM-SA, insistant sur la nécessité d’une approche à la fois technique, financière et organisationnelle pour sortir durablement de la crise énergétique.
Cette transparence, saluée par de nombreux téléspectateurs, visait manifestement à restaurer la confiance, préalable indispensable à toute réforme dans un secteur aussi sensible que l’électricité.
Au-delà du diagnostic, le Directeur général s’est engagé à améliorer progressivement la fourniture d’électricité sur l’ensemble du territoire. Il a notamment évoqué l’optimisation des capacités de production existantes ; la sécurisation de l’approvisionnement en combustibles ; le renforcement de la maintenance préventive ; une meilleure planification de la distribution.
L’objectif affiché est clair : réduire la fréquence et la durée des délestages tout en stabilisant le réseau.
Sur le terrain, certains indicateurs semblent déjà évoluer. Plusieurs usagers constatent une augmentation du temps de desserte ces dernières semaines. Effet conjoncturel lié à la baisse relative de la demande durant le ramadan et le carême ? Ou premiers résultats d’une meilleure coordination opérationnelle au sein d’EDM-SA ?
S’il est encore prématuré de parler de redressement structurel, ces signaux constituent, pour la direction générale, un levier de crédibilité. La continuité du service public de l’électricité demeure en effet l’indicateur central de performance.
La mission de Madani Dravé dépasse la simple gestion technique. Elle engage la gouvernance d’une entreprise stratégique pour l’économie nationale. L’électricité conditionne la compétitivité des entreprises, la qualité des services sociaux et le quotidien des ménages.
Le défi est double : restaurer l’équilibre financier d’EDM-SA tout en garantissant un service public accessible et fiable. Dans un contexte budgétaire contraint, la mobilisation de financements, l’amélioration du recouvrement et la lutte contre les pertes techniques et commerciales seront déterminantes.
Le « grand oral » du nouveau Directeur général aura, au moins, permis d’ouvrir une séquence de dialogue. Reste désormais l’épreuve du temps. Car dans le secteur énergétique, seule la constance des résultats permettra de transformer l’apaisement provisoire en confiance durable.
Alexis Kalambry
Source : Mali Tribune
