Du 15 au 16 février 2026, le Président de la Transition du Niger, Général Abdourahamane Tiani, a séjourné en Algérie sur invitation du Président Abdelmadjid Tebboune. Il était à la tête d’une forte délégation comprenant plusieurs membres de son gouvernement.
Le 13 février 2026, le Burkina Faso signait de nombreux accords avec l’Algérie, à l’issue de la visite à Ouagadougou d’une importante délégation conduite par le ministre d’Etat algérien chargé des Hydrocarbures et des Mines, Mohamed Arkab.
Au même moment, le gouvernement de transition du Mali est en froid avec son grand voisin septentrional. Ce qui explique pourquoi cette visite du président du Niger à Alger et celle d’une délégation ministérielle algérienne à Ouagadougou ont suscité quelque trouble au sein de l’opinion publique.
Pourtant, ce qui peut paraître comme une confusion dans la diplomatie de l’AES n’est pas sans précédent. La preuve : suite à la destruction d’un drone malien par l’Algérie, Niamey et Ouagadougou n’étaient pas sur la longueur d’onde que Bamako quant à l’attitude adoptée vis-à-vis d’Alger après la diffusion du communiqué par les trois Etats. Les deux capitales ont rappelé leurs ambassadeurs certes. Toutefois, les gouvernements burkinabé et nigérien se sont gardés de fermer leur espace aérien avec l’Algérie quand le Mali a appliqué la réciprocité. Cela était une alerte.
Solidarité d’accord, mais les intérêts d’abord ! Tout porte à le croire. Tiani est parti à Alger pour défendre les intérêts du Niger. Le Capitaine Traoré a accueilli une délégation algérienne en mettant en avant les intérêts du Faso. Chacun doit jouer sa partition dans l’écriture de la nouvelle page de l’histoire du Sahel, selon « ses convictions, ses intérêts et ses valeurs » a déclaré le Général Tiani à Alger.
Faut-il s’attendre dans les jours à venir à voir le Général Tiani et le Capitaine Traoré œuvrer à aplanir les divergences entre le Général Goïta et le Président Abdel Madjid Tebboune ? La Russie n’a-t-il pas appelé à plusieurs reprises à la désescalade entre deux pays ?
On se rappelle : l’Accord de Tamanrasset a été signé avec le feu vert du Général Moussa Traoré. Le Général Amadou Toumani Touré était à la tête du pays lors de la signature le 6 juin 2006 de l’Accord d’Alger. Pour celui signé en 2015, le président Ibrahim Boubacar Kéita, réticent au départ, a fini par lâcher du lest en envoyant une délégation dans la capitale algérienne. Chacun de ces dirigeants défendaient à sa façon les intérêts supérieurs de la nation malienne sans perdre de vue les enjeux de la géopolitique. Opposée, pour des raisons intérieures, à la création d’un autre État à sa frontière sud, l’Algérie est un partenaire stratégique du Mali. La redynamisation de l’axe Bamako-Alger est donc une question de pragmatisme politique !
Par Chiaka Doumbia
Source : Le Challenger
