Le football malien mérite mieux que des querelles intestines et des crises à répétition. Il mérite une fédération forte, crédible et tournée vers l’avenir. Le choix du prochain bureau et de son président dira si le Mali a tiré les leçons de ses échecs.
En tout cas, le futur président devra être perçu comme un arbitre au service de l’intérêt général, et non comme le chef d’un clan.
La crise qui secoue la Fédération malienne de football (FEMAFOOT) a franchi un tournant décisif avec la démission du bureau dirigé par Bavieux Touré. Une issue intervenue sous la pression conjuguée des divisions internes, des blocages institutionnels persistants et surtout des mises en garde fermes de la Confédération africaine de football (CAF) et de la Fédération internationale de football association (FIFA). Ces instances, garantes du respect des statuts et de l’autonomie des fédérations nationales, ont rappelé avec insistance la nécessité d’un retour à l’ordre statutaire et à une gouvernance crédible.
Dans ce contexte, la sortie de crise ne se résume pas à un simple changement de visages. Elle pose une question centrale, presque existentielle pour le football national : quel bureau fédéral mettre en place pour sortir durablement la FEMAFOOT de l’impasse ?
Depuis plusieurs années, la FEMAFOOT évolue dans un cycle infernal de crises où s’entremêlent luttes d’influence, jeux de clans, exclusions contestées et décisions imposées sans véritable concertation. Progressivement, l’instance faîtière du football malien s’est éloignée des principes fondamentaux de bonne gouvernance : collégialité, respect des textes et inclusion des acteurs.
Cette dérive institutionnelle a profondément fragilisé la crédibilité de la fédération sur le plan national chez certains acteurs et observateurs. Les conséquences sont visibles : climat de méfiance entre dirigeants, clubs et ligues régionales. La démission du bureau sortant, loin de clore le dossier, ouvre ainsi une phase décisive dont l’issue déterminera l’avenir du football malien.
Quel bureau pour restaurer la confiance et la légitimité ?
L’enjeu immédiat n’est pas seulement de remplacer une équipe dirigeante, mais de refonder la gouvernance fédérale. Le futur bureau de la FEMAFOOT devra impérativement être issu d’un processus électoral crédible, inclusif et strictement conforme aux statuts, afin d’éviter toute nouvelle contestation et de prévenir une éventuelle suspension internationale.
Ce bureau devra rompre avec les pratiques qui ont nourri la crise : concentration excessive du pouvoir, marginalisation des voix dissidentes. Il devra incarner un équilibre entre expérience et renouvellement, avec une représentation effective des ligues, des clubs, des anciens joueurs, des techniciens et des autres acteurs du football national.
Le premier défi du futur exécutif sera de rétablir l’unité du football malien. Sans réconciliation entre les différentes sensibilités, aucune réforme durable n’est possible. Cela suppose un dialogue franc, l’apaisement des tensions et une reconnaissance lucide des erreurs du passé.
La deuxième priorité concerne la transparence financière et administrative. La FEMAFOOT devra clarifier la gestion de ses ressources, notamment l’utilisation des fonds alloués par la FIFA et la CAF, et mettre en place des mécanismes de contrôle internes crédibles. La confiance des clubs, des partenaires et des supporters en dépend.
Troisième enjeu majeur : le projet sportif. Le Mali regorge de talents, mais l’absence de vision à long terme a souvent freiné leur épanouissement. Formation des jeunes, structuration des championnats, encadrement technique, développement du football féminin et amélioration des infrastructures doivent redevenir le cœur de l’action fédérale, loin des calculs politiciens.
L’influence de l’Etat mais…
Enfin, la FEMAFOOT devra restaurer une relation saine avec l’Etat. Comme l’a rappelé Basalifou, président du Djoliba AC, « l’Etat peut accompagner et soutenir le football, mais il ne peut ni ne doit nommer quelqu’un à la tête de la fédération ». Le respect de l’autonomie du sport est une ligne rouge pour la FIFA et la CAF. Pour autant, une coopération constructive avec les pouvoirs publics reste indispensable, notamment pour le développement des infrastructures et des politiques sportives nationales.
Quel président pour la FEMAFOOT ?
La question du président est centrale, mais elle ne doit pas occulter l’essentiel. Le Mali n’a pas besoin d’un homme providentiel, mais d’un dirigeant capable de rassembler, d’écouter et de respecter les règles. Le futur président devra être perçu comme un arbitre au service de l’intérêt général, et non comme le chef d’un clan.
Le profil idéal ? Une personnalité intègre, crédible auprès des instances internationales, dotée d’une connaissance fine du football national et surtout d’une capacité avérée à fédérer. Un président qui accepte la contradiction comme un moteur de progrès et place l’intérêt du football malien au-dessus des ambitions personnelles.
La démission du bureau de Bavieux Touré, combinée aux avertissements de la CAF et de la FIFA, constitue une occasion rare de remettre la FEMAFOOT sur de nouveaux rails. Mais cette opportunité peut rapidement se transformer en énième crise si les mêmes pratiques sont reconduites sous d’autres visages.
Le football malien mérite mieux que des querelles intestines et des crises à répétition. Il mérite une fédération forte, crédible et tournée vers l’avenir. Le choix du prochain bureau et de son président dira si le Mali a tiré les leçons de ses échecs… ou s’il s’apprête, une fois de plus, à les répéter.
Djibril Founèkè
Source : Arc en Ciel
