FEMAFOOT : vers un bureau consensuel ou une élection verrouillée ?

L’élection du 16 avril 2026 à la FEMAFOOT s’annonce comme un moment charnière pour le football malien, mais elle se déroule dans un climat où la recherche d’un bureau consensuel semble prendre le pas sur la compétition électorale.

Après les démissions en série du comité exécutif, la feuille de route conjointe FIFA-CAF a ouvert un processus censé restaurer la confiance. Pourtant, les pratiques locales et les conditions imposées suscitent des interrogations sur la transparence réelle de ce scrutin.

La candidature de Mahazou Baba Cissé, promoteur de l’ABM Foot Académie, illustre cette dynamique. Soutenu par des clubs influents comme le Djoliba AC et la ligue pilote du district de Bamako, il apparaît comme le favori naturel. Son profil de mécène engagé dans la formation des jeunes lui confère une légitimité sociale. Mais cette popularité nourrit aussi l’idée que son accession à la présidence pourrait être facilitée par un consensus négocié, plutôt que par une confrontation électorale ouverte.

Les concertations en cours pour constituer une liste de candidature traduisent cette volonté implicite de construire une équipe dirigeante qui rassure les acteurs du football. Anciens joueurs, technocrates et dirigeants compétents sont évoqués, sans officialisation. Cette démarche suggère que l’élection pourrait déboucher sur une liste consensuelle, davantage élaborée en coulisses que véritablement disputée dans les urnes. Le bureau consensuel apparaît ainsi comme une solution pragmatique à la crise institutionnelle.

Cependant, la controverse autour des critères électoraux fragilise cette perspective. L’article 16 des statuts de la FEMAFOOT garantit l’indépendance du processus et protège le droit de candidature. Or, l’appel à candidatures du 26 février 2026 introduit des conditions inédites, comme l’exigence d’un certificat de résidence de trois mois. Cette mesure, absente des textes fondateurs, est dénoncée comme une entrave administrative qui limite l’accès au scrutin et remet en cause l’équité.

Les contestataires vont jusqu’à qualifier l’élection de « plus grand braquage de l’histoire du football malien ». Cette formule traduit l’ampleur des inquiétudes. Pour eux, la modification des critères par simple circulaire constitue une violation flagrante des statuts. Dans ce climat de suspicion, la perspective d’un bureau consensuel apparaît moins comme une solution de stabilité que comme une imposition orchestrée, fragilisant la légitimité du processus électoral.

La validation du chronogramme par la FIFA et la CAF confère une légitimité internationale au processus. Mais sur le terrain, les contestations locales rappellent que l’application concrète peut en détourner l’esprit. Le risque est que l’élection, censée restaurer la confiance, accentue au contraire les divisions. Un bureau consensuel, s’il est perçu comme imposé, pourrait renforcer la fracture entre les instances dirigeantes et la base sportive, réduisant l’impact de la réforme.

Les clubs et ligues, acteurs centraux du football malien, semblent privilégier la stabilité à la confrontation. Les soutiens dont bénéficie Mahazou Baba Cissé renforcent l’idée d’un consensus en gestation. Mais cette orientation soulève une question : s’agit-il d’un choix librement exprimé ou d’une adhésion contrainte par les règles administratives et les négociations internes ? Le bureau consensuel risque de transformer un droit en privilège conditionné.

La candidature de Mahazou Baba Cissé devient ainsi un test grandeur nature. Son profil de promoteur engagé lui confère une légitimité sociale. Mais la crédibilité de son éventuelle présidence dépendra moins de son programme que de la transparence du processus. Si l’élection se transforme en consensus imposé, la FEMAFOOT risque de perdre l’opportunité de rétablir la confiance auprès des acteurs du football et du public sportif.

Le scrutin du 16 avril 2026 cristallise une interrogation centrale : s’agit-il d’une élection ouverte ou d’un processus orienté ? Derrière la feuille de route conjointe FIFA-CAF, les pratiques locales semblent contredire l’esprit démocratique attendu. La construction d’un bureau consensuel pourrait être perçue comme une solution pragmatique, mais elle risque aussi d’alimenter la suspicion d’une imposition, réduisant la portée réformatrice du processus.

Au final, l’avenir de la FEMAFOOT dépendra de la capacité des acteurs à concilier réforme et transparence. Un bureau consensuel peut apparaître comme une voie de sortie à la crise institutionnelle, mais il doit être construit sur une base légitime et ouverte. Le 16 avril 2026 sera donc un test décisif : celui de savoir si le football malien choisit réellement ses dirigeants ou s’il entérine un compromis négocié en coulisses.

Ibrahim Kalifa Djitteye

Source : Le PAYS

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