Focus : Célébrer la vie

Le 8 mars 2026, le Mali s’inscrit une fois de plus dans la grande marche universelle pour l’égalité et l’émancipation des femmes. Cette journée, née des luttes ouvrières du début du XXe siècle et officialisée par l’ONU en 1977, est devenue un repère mondial.

Elle rappelle que l’histoire des femmes est une histoire de courage, de résistance et de conquêtes, et qu’aucune société ne peut se construire sans elles. Alors que certains pays la négligent ou s’en détournent, le Mali, malgré ses défis, continue de porter haut ce flambeau.

Depuis les années 1990, l’action d’ONU Femmes au Mali a permis de renforcer l’éducation des filles, de soutenir les femmes rurales et d’accompagner les entrepreneures dans leurs initiatives. Les décennies 1990-2020 ont vu émerger des politiques nationales genre, des programmes d’alphabétisation et des projets de microfinance qui ont donné aux femmes une voix plus forte dans la société. Depuis 2020, sous le régime de la transition, les acquis ont été consolidés par une inclusion politique et économique plus affirmée. Même si les violences basées sur le genre ont reculé, elles subsistent encore dans certaines régions, aggravées par la raréfaction des financements et la suppression de projets majeurs portés par les ONG.

Et pourtant, les femmes maliennes n’ont jamais cessé de se battre pour préserver leurs droits et leur dignité dans une résilience admirable. Cette journée est donc l’occasion de dresser un plaidoyer vibrant pour toutes celles qui portent le Mali au quotidien. Les filles mères et les jeunes filles, souvent confrontées à des responsabilités précoces, doivent bénéficier de politiques de réinsertion scolaire et professionnelle afin que la maternité ne soit jamais synonyme d’exclusion. Les femmes rurales, gardiennes de la terre et de la subsistance, méritent un accès équitable à la propriété foncière, aux crédits agricoles et aux technologies modernes. Les entrepreneures et transformatrices, qui innovent dans l’agroalimentaire, le commerce et l’artisanat, doivent être soutenues par des coopératives solides et des débouchés commerciaux. Les étudiantes et filles scolarisées incarnent l’avenir : investir dans leur éducation, lutter contre les mariages précoces et renforcer les infrastructures scolaires est une urgence nationale. Enfin, les commerçantes et vendeuses de rue, qui incarnent la résilience quotidienne, doivent être reconnues et protégées dans l’économie informelle.

Au-delà des catégories, ce plaidoyer s’adresse à toutes : nos épouses, sœurs, nièces, cousines, tantes, mères, grand-mères, belles-mères, voisines et collègues. Elles sont les piliers invisibles de nos familles et de nos communautés. Leur travail, souvent non rémunéré, est la colonne vertébrale de la société. Célébrer le 8 mars, c’est reconnaître que sans elles, aucune économie ne prospère, aucun foyer ne s’épanouit, aucune culture démocratique ne se transmet.

Il faut donc institutionnaliser l’égalité des chances et la parité dans toutes les institutions et politiques publiques, afin de protéger les femmes contre les violences, garantir leur accès à la justice, valoriser leur rôle économique en leur ouvrant les portes du crédit et des formations, et encourager leur participation politique dans les instances de décision.

Avec pour thème national : «Femmes actrices incontournables debout pour la paix, la sécurité, la cohésion sociale, la réconciliation au Mali» et pour thème international «Droits – Justice – Action. Pour toutes les femmes et les filles», les activités de cette journée visent à mobiliser les femmes autour de la paix, de la cohésion sociale et de l’autonomisation. Les autorités maliennes savent désormais que le Mali ne peut se construire sans ses femmes, et que leur émancipation est la condition de notre avenir commun. Célébrer cette journée, c’est célébrer la vie, la dignité et l’espérance d’un Mali plus juste et inclusif. En ce 8 mars 2026, il est temps de transformer les paroles en actes. C. H. SYLLA

Source : L’Aube

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