Avec plus de 2,56 millions de mètres cubes de déchets solides municipaux générés chaque année, le Mali est confronté à une crise structurelle de gestion des ordures, marquée par la prédominance des dépôts sauvages et une évacuation insuffisante vers les décharges.
Bamako, la capitale, concentre à elle seule, plus de 70% des volumes produits. Le rapport 2025 de l’Institut national de la statistique (Instat) dresse un état des lieux préoccupant des limites du système communal d’assainissement
Le District de Bamako concentre à lui seul 79 dépôts de transit, soit environ 16% du total national
La gestion des déchets solides municipaux demeure aujourd’hui, l’un des principaux défis environnementaux et sanitaires des centres urbains. Malgré les initiatives institutionnelles et communautaires engagées ces dernières années, l’accumulation massive d’ordures persiste, alimentée par une urbanisation rapide, une croissance démographique soutenue et des moyens techniques et financiers insuffisants. Selon l’Enquête modulaire et permanente auprès des ménages (EMOP 2024), près de huit ménages sur dix continuent de recourir à des méthodes inappropriées pour se débarrasser de leurs déchets, tandis que le service public de ramassage reste marginal.
C’est dans ce contexte que l’Instat, avec l’appui de Statistique Suède, a conduit en 2025 la deuxième édition de la collecte sur les déchets solides municipaux, axée sur les dépôts de transit. L’opération a permis d’identifier 501 dépôts dans 28 villes et dans le District de Bamako, dont 194 ont fait l’objet d’un suivi détaillé pour l’estimation des volumes de déchets.
Les résultats révèlent une domination écrasante de l’informel. Sur l’ensemble des dépôts recensés, 85 % sont non officiels, confirmant la prédominance des dépôts sauvages dans les villes. Les sites officiellement reconnus ne représentent que 15% du total. Dans plusieurs régions, notamment Gao, Nara, Dioïla, Nioro ou Kidal, aucun dépôt officiel n’a été identifié, contraignant les populations à recourir exclusivement à des sites improvisés.
Le District de Bamako concentre à lui seul 79 dépôts de transit, soit environ 16% du total national. Il est suivi par les Régions de Ségou et de Koulikoro, tandis que Bougouni et Nara affichent une présence très marginale de dépôts. Ces disparités s’expliquent par la densité de population, le nombre de villes enquêtées, mais aussi par certaines pratiques locales, comme l’utilisation des déchets à des fins agricoles dans certaines zones.
Le rapport évoque un état des dépôts globalement alarmant. Il précise que plus des deux tiers sont classés comme «volumineux» ou « très volumineux », signe d’une accumulation importante des déchets. À Bamako, les dépôts couvrent toutes les catégories de volume, illustrant l’ampleur et la complexité du problème dans la capitale. À l’échelle nationale, seuls 7% des dépôts disposent d’un gardien et à peine 5% sont dotés d’une plaque d’interdiction, révélant une quasi-absence de contrôle, de signalisation et de mesures dissuasives.
Sur le plan quantitatif, le volume total annuel de déchets reçus dans les dépôts de transit est estimé à 2.569.314,99 m³. Le District de Bamako en concentre 1.816.911,08 m³, soit 70,7% du total national. Les Régions de Koulikoro, Ségou, Mopti, Sikasso et Kayes suivent loin derrière, chacune représentant moins de 6% des volumes. Dans les régions du Nord, les quantités demeurent faibles, en lien avec une moindre densité urbaine et des contraintes sécuritaires persistantes.
La gestion de ces volumes reste fortement déséquilibrée. À l’échelle nationale, près de 83% des déchets transitent par des dépôts non officiels. À Bamako, cette proportion atteint 88,6%, malgré l’existence de sites reconnus. À l’inverse, des régions comme Sikasso et Bougouni se distinguent par une meilleure structuration du système, avec une majorité des déchets orientés vers des dépôts officiels, résultat de partenariats locaux et d’un encadrement plus rigoureux.
L’évacuation vers les décharges finales constitue l’un des maillons les plus faibles de la chaîne. Seuls 40% des déchets reçus dans les dépôts de transit sont évacués chaque semaine vers une décharge, soit un ratio national de 0,4, synonyme d’une accumulation progressive des ordures. Bamako affiche un ratio légèrement supérieur, estimé à 0,6, mais reste loin d’une évacuation régulière et complète. Dans la majorité des régions, ce ratio est quasi nul, les dépôts de transit faisant office de sites de stockage définitif.
DéPOTS ANARCHIQUES DES DéCHETS-Cette situation est aggravée par le nombre très limité de décharges aménagées. Le Mali ne dispose officiellement que de deux décharges fonctionnelles, à Noumoubougou et à Sikasso.Faute d’infrastructures adaptées, de nombreuses communes déversent les déchets dans des champs, ravins ou terrains vagues, accentuant les risques de pollution des sols, de l’air et des ressources en eau.
Le document d’analyse met également en évidence la présence de déchets dangereux dans 23% des dépôts enquêtés, avec des proportions particulièrement élevées dans des régions comme Nara, Koulikoro ou Tombouctou. L’absence de tri et de dispositifs spécifiques de gestion expose les populations riveraines à des risques sanitaires majeurs, dans un contexte où la surveillance des dépôts est quasi inexistante.
Du côté des collectivités territoriales, l’enquête montre des capacités contrastées. Si plus de 70% des communes enquêtées disposent d’un service d’hygiène et d’assainissement et que la majorité a intégré un plan d’assainissement dans son Programme de développement économique, social et culturel (PDESC), les infrastructures restent largement insuffisantes. Moins de la moitié des communes déclarent disposer d’une décharge et beaucoup fonctionnent avec des moyens d’évacuation limités, malgré le fait que 80% affirment posséder leur propre matériel.
Toutefois, le rapport 2025 de l’Instat met en lumière un système de gestion des déchets largement dominé par l’informel, fortement centralisé autour de Bamako et incapable, en l’état, d’absorber les volumes produits. Il souligne l’urgence de renforcer les infrastructures, de formaliser les dépôts, d’accroître les capacités opérationnelles des communes et de promouvoir la valorisation et le recyclage, afin de transformer un problème environnemental majeur en opportunité de développement durable.
Synthèse
Makan SISSOKO
Source : L’Essor
