Le 17 mars 1962, le président Modibo Keïta préside la clôture officielle du premier stage de journalistes du Mali Indépendant

Dans les murs mêmes qui abritent aujourd’hui l’Agence Malienne de Presse et de Publicité, s’est écrit en mars 1962 une page fondatrice de notre histoire nationale : la clôture du premier stage de journalistes maliens, sous la présidence d’honneur du Président Modibo Kéita. Ce lieu, berceau de la presse malienne et maison d’histoire, garde la mémoire de ce moment où l’information fut proclamée mission civique –

 Informer, éduquer, distraire et mobiliser – au service du peuple. En republiant intégralement ce texte historique, L’Essor rend hommage à la filiation entre les pionniers de l’indépendance et les bâtisseurs d’aujourd’hui, qui poursuivent l’œuvre de modernisation et de refondation des médias maliens

Le 17 mars 1962 a eu lieu à Bamako dans un des bureaux du Secrétariat d’État à l’Information et au Tourisme la clôture officielle du premier stage des journalistes maliens sous la présidence d’honneur du camarade Modibo Kéita, secrétaire général de l’Union Soudanaise R.D.A., chef de l’État du Mali. 

Inauguré le 20 décembre 1961 par le camarade Idrissa Diarra, secrétaire politique de l’Union Soudanaise-R.D.A., ce stage dont la signification est unique en Afrique de l’Ouest, s’est poursuivi jusqu’au 6 mars 1962. Après deux mois de formation théorique, les stagiaires, accompagnés de leurs professeurs et du camarade Boubacar Bathily, chef de cabinet au Secrétariat d’État à l’Information et au Tourisme, ont entrepris un voyage d’études, d’information et de reportages de trois semaines à travers le pays. 

Ces contacts qu’ils ont pris avec les responsables politiques, administratifs et la population, leur ont permis d’étudier sur le terrain les problèmes que pose le développement économique, social et culturel de la nation. En cette matinée du 17 mars 1962, la cour de l’Information connaît une animation inhabituelle. Par ici, on peut voir des groupes d’invités s’entretenant amicalement, par là, les rayons du soleil brillent sur les voitures impeccablement alignées ; devant la classe, certains visiteurs admirent une exposition de photographies, œuvre des stagiaires, tandis que d’autres sont absorbés par la lecture, sur un tableau, des premiers articles des jeunes journalistes parus dans L’Essor des 15 et 16 mars. 

À 8 h 55, élèves et professeurs sont déjà dans la classe qui, pour la circonstance, est aménagée en vue de recevoir les personnalités invitées. Au fond de la salle et au-dessus du bureau, on peut voir un portrait du Président Modibo Kéita sous lequel une banderole porte l’inscription : « L’Information au service du Peuple ».

À 9 heures précises, le Président Modibo Kéita fait son entrée sous les applaudissements nourris d’une salle comble. On remarque la présence des camarades Idrissa Diarra, secrétaire politique de l’Union Soudanaise-R.D.A., Yacouba Maïga, vice-président de l’Assemblée nationale, Attaher Maïga, ministre des Finances, Mamadou Gologo, secrétaire d’État à l’Information et au Tourisme, Gabou Diawara, député, membre du Bureau Politique National, Famady Sissoko, représentant le Syndicat, Oumar Ly, directeur général de la SOMIEX. Le corps diplomatique et plusieurs autres personnalités politiques et administratives assistent à la cérémonie. 

Le Président prit place à la table d’honneur avec à sa gauche les camarades Idrissa Diarra et Mamadou Gologo, et à sa droite Yacouba Maïga et les professeurs. C’est alors que le camarade Doudou Guèye, directeur du stage, souhaite au nom de l’Union Nationale des Journalistes du Mali, des stagiaires et de l’Union Panafricaine des Journalistes, la bienvenue à l’assistance et remercie particulièrement le Président Modibo Kéita dont la présence souligne toute l’importance que revêt ce stage.

 

Après avoir dégagé le sens du stage organisé sous le haut patronage du Bureau Politique National de l’Union Soudanaise-R.D.A. avec l’aide désintéressée de l’Organisation Internationale des Journalistes (O.I.J.), des Unions nationales de la République Démocratique Allemande, de la République Socialiste de Tchécoslovaquie et de la République Populaire de Pologne, le camarade Doudou Guèye déclare : «La fonction de l’information se double de celle de l’éducation. Et nous avons défini ainsi notre conception des fonctions de l’information : Informer ; éduquer ; distraire ; mobiliser en vue d’objectifs civiques. Il s’agit naturellement, comme vous le voyez, d’une information au service du peuple. Les agents de cette information-là ont des devoirs accrus. Il leur faut certes une bonne qualification journalistique, mais ils doivent être en même temps des êtres sociaux ayant des connaissances aussi larges que possible sur le milieu dans lequel ils doivent évoluer. Il s’agit donc en l’occurrence de connaissances du Mali.» 

Plus loin, il poursuit : « Mais le Mali est un pays qui se construit, une communauté d’hommes qui évolue. Au nom de ce pays et de cette communauté d’hommes, notre Parti, l’Union Soudanaise-R.D.A., a fait des options fondamentales lors de son congrès extraordinaire du 22 septembre 1960 dont la principale est la construction du pays grâce à un développement socialiste planifié. Le stage a été orienté de manière que les stagiaires connaissent le mieux possible les organes de développement et de réalisation. Les principaux responsables des services de notre République ainsi que les dirigeants des organisations de jeunesse, des syndicats, etc., ont fait des exposés consciencieux qui ont permis aux stagiaires de toucher du doigt les réalités au milieu desquelles ils vont travailler. Ce sont là les bases principales de ce stage. » 

« Encore deux notions qui nous semblent essentielles : Nous avons tenu à démontrer qu’il n’est pas indispensable d’être un universitaire pour être journaliste, parce que le journalisme dont nous avons le plus urgemment besoin, et ceci exprime la deuxième notion à laquelle nous faisons allusion, est un journalisme de type nouveau, appelé à vivre en contact étroit avec notre peuple, au milieu des paysans, des artisans, des futurs ouvriers, etc. » « Nous pouvons dire au terme de ces cours, que la presque totalité de nos stagiaires sont d’excellents agents d’information au niveau primaire… Concernant notre école, l’UNESCO a accepté d’examiner en liaison avec notre République, les conditions de sa reconversion en tant qu’école permanente régionale de journalisme », conclut l’orateur. Intervenant à son tour, le camarade Jiri Goldschmid, l’un des professeurs, félicite et remercie tous au nom de l’Union Internationale des Journalistes : 

« Camarades stagiaires, nous sommes sûrs que vous serez heureux dans votre travail journalistique qui est une vocation difficile, mais pleine d’activité… N’oubliez jamais que votre travail est important par le fait que vous voulez servir votre peuple. Aimez votre patrie et votre liberté comme le vieux forgeron de Mopti. Soyez pleins d’initiative comme votre jeunesse merveilleuse de Diré et de Niono. N’oubliez jamais l’exemple de ceux qui ont lutté pour votre meilleure vie d’aujourd’hui comme le vieux président de la sous-section de Baguineda, El Hadj Haïdara.»  «Nous, les professeurs, nous sommes sûrs que vous allez travailler honnêtement au service de votre peuple et nous vous souhaitons beaucoup de succès et de courage », conclut le camarade Goldschmid. Après avoir fait un large tour d’horizon sur la politique intérieure et extérieure du Mali, le Président Modibo Kéita remit les diplômes aux stagiaires sous les applaudissements enthousiastes de l’assistance et les flashes des photographes.

 

La cérémonie prit fin à 10 h 30.

Source : L’Essor

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