Les Soliloques d’Angèle : « Travailler sans être payé à temps », le piège des retards de paiement

Salif dirige une petite entreprise de prestation de services. Les contrats sont signés, le travail est livré, les factures émises. Pourtant, les paiements tardent. Trente jours deviennent soixante, parfois quatre-vingt-dix. En attendant, les charges continuent de tomber : salaires, loyers, impôts, fournisseurs.

La réalité des retards de paiement constitue l’un des défis majeurs des PME. Salif n’est pas confronté à un manque de clients, mais à un manque de liquidités. Le chiffre d’affaires existe sur le papier, mais la trésorerie reste vide. Cette situation l’oblige à différer certains règlements, négocier avec les fournisseurs, parfois retarder des investissements nécessaires et même mettre la main à la poche en mélangeant ressources personnelles et professionnelles.

Les employés ressentent aussi cette tension. Lorsque la trésorerie se fragilise, les primes disparaissent, les augmentations sont gelées et l’ambiance devient plus prudente. La stabilité de l’entreprise dépend moins de son activité que de la rapidité avec laquelle elle est payée.

Le problème dépasse le cas individuel. Dans un environnement où les retards sont banalisés, les petites structures supportent le poids financier de délais qu’elles ne maîtrisent pas. Les grandes entités peuvent absorber l’attente ; les PME, elles, vivent au rythme des encaissements.

Pour limiter ces risques, certaines pratiques peuvent être renforcées : exiger des acomptes à la signature, raccourcir les délais contractuels, instaurer des pénalités de retard, diversifier le portefeuille clients et constituer un fonds de réserve lorsque cela est possible. L’accès à des solutions de financement de factures ou d’affacturage pourrait également offrir une bouffée d’oxygène temporaire.

À travers l’expérience de Salif, une réalité apparaît clairement : dans une économie fragile, la survie d’une entreprise ne dépend pas seulement de sa capacité à travailler, mais de sa capacité à être payée à temps. Tant que les retards resteront une norme implicite, la croissance des PME restera freinée par un problème de trésorerie plus que de compétence. A chacun d’y veiller.

Parce que c’est notre Mali.

Muriel Jules

Source : Mali Tribune

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