Lettre à grand-père : Éviter l’enlisement politique

Cher grand-père, La nature a horreur du vide. Les sociétés aussi. Lorsqu’un pays semble suspendu entre passé et avenir, sans cap lisible ni dynamique perceptible, les esprits avertis s’interrogent. En politique, l’immobilisme n’est jamais neutre : il est souvent le signe d’un déséquilibre plus profond

Aujourd’hui, l’impression dominante est celle d’un ralentissement préoccupant. Comme si, après avoir multiplié les annonces, exploré des pistes, décliné des slogans et promis des ruptures, nous nous retrouvions face à une réalité inchangée — sinon aggravée. Les formules mobilisatrices se sont usées au contact du réel. Les proclamations se sont dissipées à l’épreuve du temps.

L’insécurité demeure. L’instabilité politique persiste. La crise institutionnelle continue d’alimenter l’incertitude. Le retour à l’ordre constitutionnel, tant évoqué, semble repoussé à l’horizon. À force de gouverner dans l’urgence et par l’exception, le risque est grand d’installer durablement une politique de crise, entretenue par des crises successives.

Plus préoccupant encore : l’espace du débat public paraît se rétrécir. Les voix discordantes se font rares. Les critiques sont marginalisées. Les propositions alternatives peinent à trouver un cadre d’expression. Or, aucune société ne progresse dans l’unanimisme contraint. La vitalité politique suppose la contradiction, la confrontation d’idées, le dialogue franc entre acteurs responsables.

L’histoire, grand-père, nous enseigne une leçon constante : les cours ont souvent bercé les princes d’illusions. Les souverains qui ont marqué leur temps ne furent pas ceux entourés de laudateurs, mais ceux capables d’entendre la vérité, même lorsqu’elle dérange. De l’empire du Mali ancien aux Républiques contemporaines, les dirigeants lucides furent ceux qui ont su rectifier à temps, écouter au-delà du cercle des courtisans et anticiper les ruptures.

L’enlisement actuel n’est pas une fatalité. Il appelle une réorientation. Relancer la dynamique politique implique de réhabiliter les acteurs institutionnels, de rouvrir les espaces de concertation, de restaurer la confiance entre gouvernants et gouvernés. Il s’agit de dépasser les postures pour construire des solutions durables, fondées sur le droit, l’inclusion et la responsabilité.

Car lorsque les vents tournent, les applaudissements se taisent. Les soutiens d’hier se font discrets, avant de renaître sous d’autres cieux. C’est la constance des principes, non la ferveur des acclamations, qui fonde la solidité d’un pouvoir.

Évitons donc l’immobilisme. Refusons le confort trompeur du statu quo. Le Mali mérite mieux qu’une gestion au jour le jour : il exige une vision, du courage politique et une gouvernance ouverte.

À mardi, si Dieu le veut.

Lettre de Koureichy

Source : Mali Tribune

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