L’œil de Le Matin : La nécessité d’une nouvelle vitalité face à une réalité qui défie le temps

2025 nous a enfin tourné le dos et nous, les survivants, devons vraiment manifester notre reconnaissance au Tout-puissant, le Très Miséricordieux, pour avoir survécu.

2025 a réellement été une année dure, éprouvante sur toute la ligne, surtout le dernier trimestre qui a vu une pénurie de carburant (occasionnée par des attaques terroristes sur nos principaux axes routiers d’approvisionnement) venir se greffer à la galère palpable par le Malien lambda à tous les niveaux.

Mais, une fois de plus, le peuple malien s’est illustré par sa résilience car ayant compris les vraies motivations de ceux qui nous imposent toutes ces épreuves au nom d’une cause qui n’a rien de religieux. Malheureusement, nous avons tourné la page de 2025, mais pas celle des défis qui ont résisté au temps. Ainsi, l’insécurité, les délestages d’EDM, la crise du carburant, la galère rampante… vont encore défier le gouvernement cette année.  Nos décideurs ne peuvent pas éternellement faire appel à la résilience d’un peuple qui a l’impression de s’enfoncer chaque jour dans la galère. Comme nous le disait un confrère bien inspiré, « un peuple peut consentir aux sacrifices si la misère a une échéance clairement définie ».

Naturellement que le défi sécuritaire est plus pressant car ayant une incidence négative sur tous les autres. Mais la priorité aujourd’hui, à notre humble avis, c’est de savoir où on va, avec quels moyens et pour quelle finalité… Ce qui fait appel à une vision politique clairement définie et à une discipline collective bien ancrée dans les esprits.

Mais, il serait vraiment judicieux de tourner cette année la page de la crise énergétique afin de permettre au secteur économique de souffler et de reprendre des couleurs. Cela suppose aussi que la crise des hydrocarbures est derrière nous. Il est vrai que nos indicateurs macroéconomiques sont au vert et surtout que l’État a consenti des sacrifices énormes pour éponger une grande partie de la dette intérieure (312 milliards sur trois mois) à l’égard des opérateurs économiques. Mais, cet effort n’aura pas de sens si les entreprises restent en agonie faute d’approvisionnement correct en énergie.

« Chaque pays a ses zones d’ombre. Ce qui change, c’est la manière de les affronter et de les corriger. Le progrès n’est jamais une improvisation. Il est le fruit de la constance, du travail bien fait et d’un sens clair du collectif », nous rappelait récemment un expert en développement intégré. Et notre propre constat est que les pays qui réussissent à se hisser sur la voie de l’émergence socioéconomique sont ceux qui ont « choisi la rigueur plutôt que les excuses, la vision plutôt que le court terme, la discipline plutôt que le confort ». Ce sont des États qui ont compris et intégré dans les politiques nationales que « le développement n’est pas une question de chance, mais une décision consciente, répétée jour après jour » comme leitmotiv.

La montée en puissance de nos Forces de défense et de sécurité (FDS) est aujourd’hui un fait incontestable et il convient de continuer à y investir pour la rendre irréversible. Toutefois, il ne faut pas aussi oublier que « la sécurité et le développement ne se construisent pas seulement par des alliances militaires, mais aussi par l’éducation, l’emploi, les infrastructures et le dialogue ».

Quelles que soient la pertinence et l’objectivité des réformes engagées, elles n’aboutiront pas au Mali Kura attendu si le peuple malien ne comprend pas que son salut est dans le travail. Cela suppose que, au niveau de l’administration par exemple, il faut motiver ceux qui le méritent et extraire les mauvaises graines pour qu’elles ne contaminent pas les autres par leur moisissure. Cela suppose aussi que, au niveau de l’État, l’on sorte des « discours patriotiques » pour réellement s’engager dans la construction des infrastructures de la souveraineté reconquise. Comme le rappelait récemment un activiste, « la corruption, à elle seule, ne fait pas d’un État un pays du tiers-monde ». Ce qui fait la différence avec d’autres, c’est l’absence de sanctions, la faiblesse des institutions, une justice partiale et le manque de volonté à faire respecter les politiques publiques. C’est sur ces terrains que nos décideurs doivent s’illustrer pour montrer la voie à suivre aux citoyens.

En cela le Burkina Faso nous donne tous les jours des exemples concrets comme la réalisation de l’autoroute Ouagadougou-Bobo Dioulasso dont les travaux ont été lancés le 16 décembre 2025 par le Capitaine « I.B » (Ibrahim Traoré). Un projet initié depuis le temps de Blaise Compaoré et qui tardait à se réaliser faute de fonds. Aujourd’hui, le Capitaine Ibrahim Traoré va le faire sur fonds propres, c’est-à-dire sans crédit ni dette. C’est un projet gigantesque qui prévoit neuf échangeurs et des passages inférieurs. Selon le coordonnateur général de l’initiative présidentielle « Faso Mêbo » qui assure la construction de cette infrastructure, l’autoroute est conçue selon les standards internationaux.

Une petite révolution en perspective. Les exemples que le Burkina du Capitaine Ibrahim Traoré est en train de montrer à la Confédération AES (Alliance des États du Sahel) et au reste de l’Afrique sont atypiques. Ils apportent autant de preuves qu’un pays avance mieux lorsque les décisions reposent sur la transparence, des résultats concrets et le bien-être de sa population. Tout comme ils rappellent que la redevabilité est un droit absolu des administrés parce que poser des questions et exiger des preuves ne doivent pas être assimilés à « un manque de confiance ». Cela doit être plutôt interprété comme signe de l’éveil de la conscience citoyenne !

Et pour concrétiser tout cela, nous pensons que la transition malienne a aujourd’hui urgemment besoin d’une nouvelle vitalité institutionnelle pour réellement montrer l’exemple, la voie à suivre aux Maliens. Et cela d’autant plus que ceux-ci ont du mal à comprendre ce qui peut justifier la hausse des budgets des différentes institutions (Conseil national de transition/CNT, Présidence, Primature…) alors qu’on exige d’eux tant de sacrifices. « Alors que la tendance est à une croissance budgétaire pour les organes politiques, des ajustements notables sont faits dans le secteur de la défense avec une baisse budgétaire malgré le contexte sécuritaire… », déplore un économiste. Qu’est-ce qui justifie une telle hausse au moment où le Malien lambda s’attendait plutôt à leur réduction ? Des institutions qui sont dans une logique de stagnation à l’image du CNT et du gouvernement !

Aujourd’hui la composition du CNT est loin de refléter les réalités socioprofessionnelles du pays. D’où la nécessité d’une recomposition avec une ouverture vers les vraies compétences de la République. Puisque les élections semblent être renvoyées au plus tôt en 2030, il serait au moins judicieux que ceux qui représentent le peuple soient rigoureusement désignés pour leur compétence, leur rigueur morale et leur conscience professionnelle. Et non grâce à une quelconque complaisance. Il en est de même du gouvernement, dont on se demande ce que font réellement les 2/3 des membres. Depuis la formation de l’actuelle équipe (22 novembre 2024), seuls quelques ministres se battent pour sortir des sentiers battus avec des activités concrètes.

Ceux qui n’y parviennent pas, justifient le plus souvent leur indolence par le manque de budget, souvent même pour faire fonctionner leurs cabinets. Mais, dans ce pays, on sait aussi que ce n’est pas forcément la viande qui n’est pas tendre, mais que c’est le couteau qui est le plus souvent mal aiguisé. Ce qui est sûr, la recomposition du CNT et le remaniement du gouvernement doivent être inscrits en priorité dans l’agenda de Koulouba en ce début d’année.

C’est la condition sine qua non, à notre humble avis, pour réinstaurer la vitalité institutionnelle indispensable à faire face aux défis qui continuent de nous assaillir. Il est clair que, pour les relever, chacun de nous doit assumer sa partition. Toutefois, il revient aux décideurs de montrer au peuple la voie à suivre. Les pintades ne regardent-elles pas toujours la nuque de celle qui les guide ?

Moussa Bolly

Source : Le Matin

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