L’ombre et le Silex : Le Mali face au miroir de sa propre prophétie

«Être sage, ce n’est pas tout comprendre, mais accepter que certaines choses prennent du temps, que certaines réponses viennent après la douleur».

Alors que les vents de sable de ce 20 janvier 2026 balaient les certitudes des chancelleries occidentales, le Mali se dresse, seul sous son propre azur. Entre le triomphe militaire des Forces armées maliennes (FAMa) et les silences lourds d’une économie qui s’essouffle, entre la ferveur des mosquées et le tumulte d’une transition qui s’étire, le pays de Soundiata Keïta joue sa partition la plus complexe. Récit d’une nation qui a choisi la douleur de l’autonomie plutôt que le confort de la tutelle, tout en scrutant, avec une méfiance nécessaire, les fissures de son propre édifice.

Le vertige de la liberté

Il y a dans le regard du soldat malien aujourd’hui une lueur que les satellites de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) n’avaient jamais su capter: celle de l’homme qui sait qu’il n’a plus de filet de sécurité. Le «kérosène» étranger s’est évaporé, emportant avec lui les rapports d’experts et les convois blancs. Ce vide, que l’on prédisait mortel, est devenu le terreau d’une renaissance brutale.

Pourtant, la sagesse commande de ne pas confondre la parade et la paix. Si le Mali a déjoué les oracles du chaos qui prédisaient la chute de Bamako, il fait face à un défi plus insidieux.

Le scepticisme légitime ne porte plus sur la capacité de nos fils à tenir un fusil, mais sur la capacité de nos élites à panser les plaies d’une économie de guerre qui pèse sur le panier de la ménagère. La souveraineté a un goût de fer et de mil; elle est glorieuse au défilé, mais amère dans les foyers, où l’électricité et l’eau demeurent des luxes conquis de haute lutte.

Les martyrs, racines d’une nation en sursis

On ne peut comprendre le 20 janvier sans se recueillir sur les cendres d’Aguelhok. Le sacrifice du Capitaine Sékou Traoré, «Bad», est devenu le ciment d’un patriotisme qui frise parfois la mystique religieuse. C’est là que réside le paradoxe malien: une armée qui puise sa force dans ses tragédies passées pour refuser le statut de victime.

Mais derrière l’hommage vibrant aux martyrs, une question demeure, lancinante : jusqu’à quand la résilience du peuple pourra-t-elle suppléer l’absence de solutions politiques durables ? Le départ des forces internationales a certes libéré le ciel malien, mais il a aussi laissé l’État face à ses propres démons: une crise administrative profonde et une jeunesse qui, si elle ne trouve pas de travail dans les usines, pourrait être tentée par d’autres sirènes, plus sombres.

Le pari de l’AES et le silence des Dieux

Le Mali, maître de sa terre, s’est tourné vers de nouveaux alliés.

Ce basculement géopolitique est une prouesse de souveraineté, mais il impose une vigilance de chaque instant. La gestion de la crise religieuse, où l’influence des leaders spirituels pèse parfois plus que les décrets de l’État, reste une lame de fond imprévisible. Dans ce pays de foi, la politique et la religion dansent un tango périlleux. Le scepticisme est de mise : une nation peut-elle être réellement souveraine si elle ne définit pas clairement la frontière entre le sabre, le goupillon et le sceptre ?

La douleur comme enseignante

«J’ai gagné cela par la philosophie… Je fais sans être commandé ce que certains sont contraints de faire par leur peur de la loi».

Cette maxime résonne aujourd’hui dans chaque camp militaire, de Kati à Gao. Le Mali fait désormais ses propres choix, assume ses propres erreurs.

Le 20 janvier 2026 n’est pas la fin de l’histoire, mais le début d’un chapitre où le Mali doit prouver que la dignité peut aussi nourrir son homme. Les oracles du chaos se sont trompés sur la chute, espérons qu’ils se tromperont aussi sur l’incapacité des Maliens à se réconcilier avec eux-mêmes. Car la véritable victoire ne sera pas d’avoir chassé l’étranger, mais d’avoir bâti un foyer où chaque déplacé pourra enfin poser son sac.

Gloire aux FAMa.

Prudence aux dirigeants.

Paix aux âmes.

Par A.K. DRAMÉ

Source : Inter De Bamako

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