Mali : Lutte contre le terrorisme : La force unifiée de l’AES prêche par l’exemple

Après des décennies de domination coloniale, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont fait le choix d’assumer pleinement leur souveraineté. Cette responsabilité s’appuie sur la mutualisation de leurs moyens de défense en vue d’assurer la sécurité de leur espace commun.

Des résultats probants ont été engrangés sur le terrain et qui ont permis de mettre en difficulté les groupes armés terroristes.
Comme le confirment certains habitants de Koro, une ville se trouvant à la frontière Mali-Burkina Faso
Une unité opérationnelle de la Force unifiée de l’AES Portée par une ambition de défense collective, de lutte contre le terrorisme et de renforcement de la souveraineté politique, économique et culturelle, la Confédération des États du Sahel (AES) s’impose progressivement sur la scène internationale. En deux ans, elle a engagé plusieurs initiatives visant à consolider la stabilité et l’intégration dans le Sahel.
Ainsi, l’unification des Forces de défense et de sécurité des pays de l’Alliance des États du Sahel a permis de desserrer l’étau que les groupes armés terroristes exerçaient sur les populations civiles innocentes. Les armées de la Confédération AES, en mutualisant leurs efforts et leurs moyens terrestres et aériens, ont réussi à diminuer considérablement les attaques terroristes au niveau de leurs territoires respectifs et notamment au niveau de la zone du Liptako-Gourma, une frontière commune partagée par ces trois pays.
Du côté de notre pays, l’enjeu sécuritaire se traduit notamment par la fermeture depuis plus de quatre ans du tronçon Koro-Ouahigouya, en raison des sabotages d’infrastructures routières et de l’insécurité sur la bande frontalière. Selon des habitants de la localité, cette situation a sérieusement entravé les échanges commerciaux entre le Mali et le Burkina Faso. D’autant plus que les usagers sont contraints d’effectuer un détour de plus de 600 km, contre 100 km à travers la route nationale 15, qui reliait Koro à Ouahigouya, principale ville frontalière du Burkina Faso. Face à cette impasse, les populations fondent de grands espoirs dans la Force unifiée de l’AES.
Le président de la Chambre de commerce de Koro, Ousmane Aya, estime que la fermeture de cet axe routier constitue un manque à gagner considérable pour le Trésor public, car cette route était autrefois fréquentée par les commerçants du Nord, et des Régions de Mopti et Bandiagara. Ceux-ci transitaient par Koro pour se rendre au Burkina Faso, et plus loin pour regagner certains pays côtiers comme le Ghana, le Bénin, le Nigeria ou le Togo. «Les commerçants et les populations de Koro attendent avec beaucoup d’impatience, la reprise du trafic routier sur cet axe», soutient-t-il. Pour ce faire, le préalable est la création des conditions sécuritaires sur le tronçon, afin de rassurer les transporteurs et les opérateurs économiques.
Même espoir chez Amadou Dama, transporteur à Koro, qui plaide pour une approche combinant action militaire et médiation communautaire. Hassimi Dama, transitaire, souligne pour sa part que la réouverture de la route donnerait un coup d’accélérateur au développement de Koro et de toute la Région de Bandiagara. Il réclame ainsi une solution pour la reprise du trafic sur cet axe. «L’opérationnalisation de la Force unifiée sur le terrain, surtout sur la bande frontalière entre le Mali et le Burkina, permettra non seulement de favoriser le retour des populations réfugiées, mais aussi de contribuer à la reprise du trafic routier sur l’axe Koro-Ouahigouya, un tronçon vital pour les deux pays», se convainc-t-il.
OUTIL INDISPENSABLE POUR LA SÉCURITÉ- La Force unifiée de l’AES est l’un des projets ambitieux réalisé par la Confédération. Elle procède d’une volonté politique commune des trois États membres, mais elle répond surtout à une nécessité stratégique imposée par l’évolution de la situation sécuritaire régionale et internationale. Ainsi, l’AES n’est pas un simple regroupement conjoncturel, mais une réponse structurée à une menace durable qu’est le terrorisme. Selon Diarran Koné, ancien directeur général de la Direction de l’information et des relations publiques des Armées (Dirpa), le phénomène a été appliqué contre le Sahel pour fragiliser les États, afin de mieux imposer des intérêts étrangers.
Dans ce contexte, la Force unifiée de l’AES, officiellement lancée, le 20 décembre 2025 à Bamako, apparaît pour comme l’expression concrète de la souveraineté retrouvée des trois États.
Cette force multinationale de 5.000 hommes incarne la défense collective et la solidarité stratégique sahélienne. «L’AES, ce sont trois États, un territoire, trois armées, une même menace : le terrorisme impérialiste», résume-t-il, soulignant la portée symbolique et opérationnelle de cette architecture sécuritaire commune.
Le Colonel-major à la retraite estime que la Force unifiée intervient à point nommé vu qu’elle permet d’harmoniser les doctrines militaires, d’effacer les contraintes frontalières héritées de la colonisation et de faciliter la poursuite des groupes armés au-delà des frontières nationales. La mutualisation des moyens et des effectifs, ajoute-t-il, réduit la circulation transfrontalière des terroristes et les éloigne de leurs bases arrière dans les territoires des États membres. Selon lui, cette coopération renforce considérablement l’efficacité des opérations, améliore la surveillance territoriale, corrige les disparités opérationnelles et garantit une circulation plus sûre dans l’espace AES.
Dans ce sens, il considère la Force unifiée comme un outil indispensable à la sécurisation durable de l’espace confédéral. «L’unification et la mise en commun des moyens militaires réduisent la circulation transétatique des terroristes. Grâce à une meilleure maîtrise territoriale, l’AES pourrait venir à bout des forces ennemies souvent déportées à partir de frontières non maîtrisées, du fait de la faiblesse des effectifs, des moyens et équipements, voire de problèmes politiques», renchérit-il, convaincu que la souveraineté sécuritaire constitue désormais le socle de la souveraineté politique.
Dans la même veine, Dr Aly Tounkara, directeur exécutif du Centre des études sécuritaires et stratégiques au Sahel (CE3S), observe que la présence de l’AES est désormais perceptible, notamment à travers les opérations conjointes dans la zone du Liptako-Gourma. Il estime que les actions civilo-militaires constituent un levier central dans la restauration de la
Polyclinique des Armées de Kati : le Chef suprême des Armées au chevet des blessés de guerreconfiance entre l’État et les populations, car elles permettent aux citoyens de ressentir concrètement la présence utile et protectrice de l’autorité publique. En leur absence, prévient-il, le vide institutionnel alimente le ressentiment et peut favoriser l’adhésion aux groupes hostiles.
Pour l’analyste, l’amélioration progressive de la situation sécuritaire confirme que la reconquête territoriale ne peut être dissociée de ses dimensions sociales et psychologiques. Il note, par ailleurs, une évolution significative du rapport entre citoyens et autorités publiques, la Confédération étant de plus en plus perçue comme un rempart crédible contre la menace terroriste, ce qui constitue, selon lui, un véritable gage de confiance collective.
Tout en saluant ces avancées, Dr Aly Tounkara met toutefois en garde contre les fragilités sociales encore exploitées par les groupes armés, telles que les fractures communautaires, les conflits locaux mal gérés et le sentiment d’injustice. Selon lui, la pérennité des acquis sécuritaires dépendra de la capacité de l’AES à renforcer durablement son accompagnement civil et social sur l’ensemble de l’espace confédéral.
Siguéta Salimata DEMBÉLÉ
Source : L’Essor

Laisser un commentaire