Paix et unité nationale : des voix pour la dissolution du Haut Conseil Islamique

Suite aux dernières tensions nées des propos tenus à l’occasion de la présentation des vœux de Nouvel An au Général d’Armée Assimi Goïta, Président de la Transition, des voix se lèvent pour solliciter la dissolution « pure et simple » du Haut Conseil Islamique du Mali (HCIM), présidé par Ousmane Chérif Madane Haïdara de Banconi, un quartier sis en commune I du District de Bamako.

Il s’agit de la lettre ouverte adressée, le 24 janvier dernier, au Président de la Transition par les membres du Front pour la Paix au Mali. « Monsieur le Président de la Transition, le Front pour la Paix au Mali, constant dans son engagement en faveur de la préservation de l’unité nationale, de la cohésion sociale et de la stabilité durable de notre pays, a l’honneur de saisir votre haute autorité afin de solliciter la dissolution pure et simple du Haut Conseil Islamique du Mali (HCIM) », lit-on dans cette lettre. Cette requête, longuement mûrie et motivée par le souci de l’intérêt supérieur de la Nation, repose sur plusieurs constats graves et préoccupants. Les plaignants déplorent le dépassement du cadre légal et institutionnel de la faitière. Créé à l’origine comme un organe de concertation, de conseil et de médiation chargé de promouvoir les valeurs de tolérance, de paix et de concorde au sein de la communauté musulmane, le HCIM s’est progressivement éloigné de ses missions fondamentales.

La fin du mandat de l’actuelle équipe

Parmi les raisons évoquées figure la fin du mandat de l’actuelle équipe, pilotée par le président de Ançar Dine, le chérif de Banconi. « Nous relevons notamment que le mandat de l’équipe dirigeante actuelle est arrivé à expiration sans qu’aucune procédure de renouvellement n’ait été engagée. Cette situation entraîne un déficit manifeste de légitimité juridique, privant le HCIM de toute capacité à représenter valablement les fidèles musulmans du Mali », indique-t-on, poursuivant, « par ailleurs, à l’image des dérives déjà observées dans d’autres sphères de la gouvernance nationale, le HCIM est devenu, de fait, un instrument au service d’intérêts claniques et d’ambitions personnelles, au détriment de sa vocation spirituelle et de l’intérêt général ». Selon les membres, le HCIM constitue des menaces sérieuses sur la cohésion nationale.  Le Front pour la Paix au Mali exprime sa profonde inquiétude face à la radicalisation du discours tenu par l’actuelle direction du HCIM. « Certaines déclarations publiques et privées de « son président » ont, à plusieurs reprises, dépassé le cadre de l’apaisement et du dialogue pour verser dans des propos stigmatisant et clivant à l’encontre d’autres sensibilités musulmanes. De tels propos, incompatibles avec la responsabilité morale et spirituelle d’un dirigeant religieux, constituent un facteur réel de tensions et comportent un risque majeur d’embrasement social et confessionnel », ont-ils estimé. Aussi, les plaignants estiment que l’instauration d’un mode de gestion fondé sur l’exclusion, la division et l’opposition entre musulmans met gravement en péril la paix sociale et le vivre-ensemble, piliers essentiels de la stabilité nationale.

Le HCIM tancé de ne pas jouer son rôle d’antan

Outre ces aspects mentionnés, les plaignants se sont également penchés sur la nécessité d’une mesure de salut public. Et d’ajouter, « dans un contexte national déjà fragilisé par une crise multidimensionnelle persistante depuis 2012, l’État malien ne peut se permettre de maintenir une structure qui, au lieu de contribuer à la pacification, alimente les tensions et les fractures sociales. À l’instar des mesures exceptionnelles prises notamment la dissolution de certaines formations politiques, la dissolution du HCIM s’impose aujourd’hui comme une nécessité impérieuse, afin de prévenir tout risque de conflit confessionnel et de garantir la neutralité de la sphère religieuse face aux enjeux de pouvoir ». Des propos qui ont conduit les mêmes membres à tenir ceci : « Monsieur le Président, au nom de la préservation de notre vivre-ensemble et de l’unité nationale, le Front pour la Paix au Mali réitère solennellement sa demande de dissolution du Haut Conseil Islamique du Mali, dans l’objectif de restaurer une cohésion sincère et durable entre toutes les composantes de la Nation ».

Mamadou Diarra

Source : Le PAYS

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