Le Laboratoire National de la Santé (LNS) a révélé, lors de sa 36e session ordinaire le vendredi 27 février, un taux de non-conformité de 38,59 % pour les produits alimentaires contrôlés.
Ce manquement est principalement dû à un défaut de fortification en vitamine A. Parallèlement, 28,5 % des échantillons d’eau analysés se sont révélés non conformes.
Ces chiffres interpellent : près de quatre produits sur dix présentent des irrégularités, qu’il s’agisse de denrées périmées, mal conservées, mal étiquetées ou hors normes sanitaires. Au-delà des statistiques, c’est un enjeu de santé publique majeur qui est soulevé. L’insécurité alimentaire ne se limite plus à la disponibilité des denrées ou au pouvoir d’achat ; elle concerne désormais la qualité sanitaire de ce que consomment les citoyens, particulièrement dans un contexte où l’alimentation de rue est devenue un pilier du quotidien urbain.
Au Mali, comme dans de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest, l’alimentation de rue joue un rôle central. Elle nourrit chaque jour des milliers de ménages urbains, étudiants, travailleurs informels et familles à revenus modestes. Mais les études menées par des chercheurs et les diagnostics soutenus par la FAO indiquent que ces circuits sont exposés à des risques de contamination microbiologique importants, liés au manque d’eau potable, à l’insuffisance des équipements de conservation et à la faiblesse des contrôles réguliers.
Selon l’Organisation mondiale de la santé, plus de 91 millions de personnes tombent malades chaque année en Afrique à cause d’aliments contaminés, entraînant environ 137 000 décès. Les maladies diarrhéiques représentent une large part de ces cas. Si ces chiffres sont continentaux, ils éclairent l’ampleur du défi sanitaire auquel les États sont confrontés.
Les conséquences ne sont pas seulement sanitaires. Les maladies d’origine alimentaire entraînent des pertes économiques considérables, liées aux hospitalisations, à l’absentéisme au travail et à la baisse de productivité. Selon des estimations de la Banque mondiale et de l’OMS, l’Afrique subsaharienne enregistre chaque année des pertes de plusieurs milliards de dollars en raison d’aliments contaminés. Outre des cas individuels, l’insuffisance des contrôles fragilise également la crédibilité des filières agroalimentaires nationales et limite leur potentiel d’exportation. La sécurité sanitaire des aliments est donc aussi un enjeu économique stratégique.
La question est donc institutionnelle. Un taux de non-conformité de 38,59 % traduit des failles dans la chaîne d’approvisionnement, de stockage et de distribution, mais aussi dans la régularité et la dissuasion des contrôles. La protection des consommateurs suppose une traçabilité renforcée, des inspections fréquentes, des laboratoires fonctionnels et des sanctions appliquées.
Pourtant, des exemples existent sur le continent. Au Ghana, la Food and Drugs Authority publie régulièrement les résultats des inspections et procède à des rappels publics de produits non conformes. Au Rwanda, la digitalisation des inspections et le renforcement des laboratoires ont permis d’améliorer la traçabilité. Au Sénégal et au Maroc, des campagnes de contrôle médiatisées et la destruction publique des produits saisis contribuent à renforcer l’effet dissuasif.
Le défi n’est pas d’opposer vendeurs et autorités, mais de structurer un système où la sécurité sanitaire devient un réflexe collectif. Dans un contexte de pression économique et démographique, garantir la qualité des aliments n’est pas un luxe administratif. C’est une obligation régalienne, au cœur de la confiance entre l’État et les citoyens.
Cheick Bougounta CISSE
Source : Le Wagadu
