Santé mentale au Mali : L’urgence de garantir un droit fondamental aux malades

Le problème de santé mentale est une réalité au Mali. Les spécialistes indiquent que les jeunes sont plus concernés par les troubles mentaux.

Alors que ces derniers peuvent être des dangers publics, alertent-ils. À l’origine des maladies mentales : les difficultés de la vie, la consommation des stupéfiants entre autres. Pour la prise en charge de ces cas, il existe des unités psychiatriques à Bamako et dans certaines localités à l’intérieur du pays. Mais, beaucoup de ces services souffrent d’insuffisance de « moyens humains et matériels ».

« Accès aux services : la santé mentale dans les catastrophes et les situations d’urgence » ! Tel fut le thème de l’édition 2025 de la Journée mondiale de la santé mentale, célébrée le vendredi 10 octobre. Comme il est de coutume, cette journée a été l’occasion de susciter un débat et une réflexion collective, de sensibilisation et de renouvellement de l’engagement en faveur du bien-être psychique des populations dans un monde de plus en plus exposé aux crises. La détérioration de santé mentale est une réalité indéniable au Mali. Les spécialistes indiquent que les jeunes sont plus concernés par les troubles mentaux et deviennent facilement des « dangers publics ». À l’origine des maladies mentales, ils égrènent les difficultés de la vie, la consommation des stupéfiants…

Le Professeur Souleymane Papa Coulibaly (chef du service de psychiatrie du CHU Point G) a notamment insisté sur le lien entre santé mentale, paix et résilience. Et cela en se référant à un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui révèle qu’une personne sur quatre dans le monde souffre d’un trouble mental, soit 14 % de la population mondiale. Ces statistiques mettent en évidence l’urgence de faire de la prise en charge de la santé mentale une priorité urgente, particulièrement dans ce contexte de crise multidimensionnelle aux conséquences socioéconomiques dramatiques. « Investir dans la santé mentale, c’est investir dans la paix », a défendu Pr. Souleymane Papa Coulibaly. On comprend alors aisément que nos partenaires tels que l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), l’International medical corps (IMC)… accordent la priorité absolue à la santé mentale au cœur de leurs actions.

Cela doit aussi pousser le gouvernement (ministère de la Santé et du Développement social) à faire de l’accès aux soins de santé mentale un droit fondamental, universel et inaliénable. Mais, de l’avis de certains experts, le Mali doit aussi se donner les moyens de faire face aux nombreux défis auxquels il est confronté, notamment la centralisation des soins spécialisés, la stigmatisation persistante, le manque de ressources humaines qualifiées, la faiblesse des dispositifs communautaires…

Des défis majeurs dans un environnement de crise

D’une manière générale, ont constaté des spécialistes, la santé mentale est confrontée au Mali à des défis majeurs comme le manque d’infrastructures et de ressources, exacerbés par la crise sécuritaire. Sans compter que la stigmatisation des troubles mentaux est également un problème important. Pour ce qui est du manque d’infrastructures et de personnels, le constat est que la majorité des praticiens et des centres de soins sont concentrés à Bamako, laissant de nombreuses régions mal desservies.

Cela est un sérieux handicap dans la mesure où la crise multidimensionnelle à laquelle le pays fait face a augmenté les besoins en santé mentale et a rendu l’accès aux services plus difficile à cause des menaces sécuritaires. Les déplacements internes dus aux conflits affectent de nombreuses personnes qui font face à des défis psychologiques importants, liés à la fois aux expériences traumatisantes vécues et à l’incertitude de leur situation. Dans le pays, près d’une personne sur cinq (vivant en situation de conflit) présente des troubles mentaux, allant de l’anxiété au stress post-traumatique. La situation est aggravée par un faible investissement dans les services de santé mentale, souvent inaccessibles aux communautés éloignées ou déplacées, et par des ressources limitées et des croyances culturelles qui peuvent parfois accentuer la stigmatisation.

Par rapport à cela (stigmatisation), les personnes atteintes de troubles mentaux continuent de subir une forte marginalisation et une stigmatisation sociale. L’argent étant le nerf de la guerre, tous ces défis prennent une dimension dramatique à cause du manque de financement et de ressources pour une prise en charge adéquate. Face à cette situation, le gouvernement aurait néanmoins décidé d’intégrer la santé mentale et le soutien psychosocial dans les politiques publiques, notamment dans les contextes d’urgence humanitaire et sécuritaire. En réponse, on a aussi des initiatives locales et internationales visant à renforcer les soins, à appuyer les groupes de soutien et la sensibilisation. Des organisations comme le CICR et Handicap International (HI) fournissent ainsi un soutien psychologique aux populations touchées par les conflits et les traumatismes.

Des activités récréatives comme le football et des espaces d’écoute sont utilisés pour identifier et soutenir les enfants et les adultes en détresse. Tout comme des programmes de formation sont mis en place pour les professionnels de la santé afin de les outiller à l’évaluation et à l’intervention en santé mentale, en privilégiant les interventions de groupe. On note aussi des partenariats entre des organisations comme l’OMS et le ministère de la Santé et du Développement social. Cela est essentiel pour développer des politiques et des programmes de santé mentale plus robustes.

En termes de perspectives, les experts interrogés pensent que la priorité pour le Mali doit être l’élaboration d’une stratégie nationale de santé mentale. Il pourra ainsi faire face après à l’intégration des soins avec l’objectif de « passer d’une approche purement clinique à une prise en charge plus globale de la santé mentale et du soutien psychosocial ». Les acteurs ont aussi lancé des appels pour que les autorités et les bailleurs de fonds accordent une plus grande priorité à la santé mentale et mobilisent les ressources nécessaires. Pour faire face à cette situation, le Mali organise des activités de sensibilisation et de cohésion sociale, dont celles exécutées dans le cadre des journées mondiales de la santé mentale.

Un autre obstacle à lever, c’est qu’il n’existe pas de données sur la prévalence des troubles mentaux selon PubMed Central (PMC). Selon cette organisation, les personnes hospitalisées pour trouble psychiatrique de 2014 à 2018 étaient majoritairement jeunes et de sexe masculin avec un antécédent psychiatrique. Elles souffraient principalement de schizophrénie, de troubles schizotypiques et de troubles délirants.

Pour la prise en charge de ces cas, il existe au Mali des unités psychiatriques à Bamako et à l’intérieur du pays. Mais certains de ces services souffrent d’insuffisance de « moyens humains et matériels », comme souligné plus haut. Aujourd’hui, on peut se réjouir de voir une synergie d’action (État, partenaires, société civile…) se mettre en place pour briser les tabous autour de la santé mentale et bâtir un monde dans lequel « le bien-être psychologique est reconnu comme un pilier du développement durable » !

Moussa Bolly

Source : Le Matin

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