Quel pays va obéir à l’interdiction d’avoir l’arme nucléaire ? Interrogeons l’histoire du Golfe. À mon humble avis, pour le moment, cette question n’est pas une préoccupation des pays d’Afrique noire musulmane comme le Niger ou l’AES.
Même si on nous livre des centrales nucléaires «clé en main», aujourd’hui et tout de suite, comme aimait à dire Kwamé Nkrumah lors de la bataille pour les indépendances «administratives» des colonies dans les années 1956, nous ne serions pas capables de les exploiter.
Je pense que nous ne le pouvons pas à l’instant T. Cette technologie, au vu du nombre d’ingénieurs dont nous disposons aujourd’hui et de notre niveau réel de maîtrise du nucléaire dissuasif, ferait de nous comme un paysan qu’on installe dans un avion comme commandant de bord : je crois qu’aucun passager n’y embarquerait. Le processus de la maîtrise de la technologie, de l’exploitation physique des centrales nucléaires et du nucléaire dissuasif militaire n’est pas à la portée de beaucoup de personnes, contrairement à un débat sur l’éducation, la monnaie ou l’économie qui sont plus accessibles. Nous ne sommes peut-être pas nombreux à avoir eu la chance de visiter une centrale nucléaire ou d’avoir étudié les sources de production énergétique sans être un spécialiste de l’amont de la production énergétique. C’est une source d’énergie très rentable pour le développement d’un pays, mais avec des conséquences redoutables en cas de catastrophe au cours de son exploitation. Souvenons-nous de Tchernobyl en 1986 en Russie et de la catastrophe de Fukushima au Japon le 11 mars 2011. Et pourtant, ces deux pays disposent d’une masse critique d’ingénieurs formés par an, y compris dans le domaine du nucléaire civil et militaire.
De quelles ressources humaines disposons-nous pour gérer une centrale nucléaire «clé en main» aujourd’hui, en tant que pays musulman et troisième producteur d’uranium ? L’uranate est différent de l’U-235 qui est l’uranium enrichi. Même la gestion d’une centrale modulaire à hydrogène, qui est peut-être écologique mais qui utilise aussi de l’uranium enrichi avec des petits réacteurs nucléaires (SMR) ou des moteurs H2-ready, n’est pas facile à exploiter. Il faut un véritable transfert de technologie et de savoir-faire pour une gestion expérimentale avec mise en formation concomitante d’ingénieurs et d’autres spécialités.
Pour revenir à la question initiale, il n’y a pas de réponse de la part des pays musulmans. Les pays arabes musulmans du Golfe, à commencer par l’Arabie Saoudite : à son indépendance, elle avait signé le traité de Darin en 1915 en échange d’être sous influence britannique, ce qui explique les mains liées de la lignée princière qui la dirige aujourd’hui. C’est comme le contrat «pétrole contre nourriture et protection» signé par l’Irak après son invasion en 2003. C’est la répétition du même schéma pour être sous la protection des USA, donc être en paix avec Israël. Le cas du parti Baas qui a dirigé l’Irak et la Syrie a fini dans l’abîme. Ils sont détruits et occupés sans qu’aucun voisin arabe et musulman ne dise mot, à part les prises de position diplomatiques de principe. Le récent massacre de Gaza en dit long.
Avant l’Irak et la Syrie, il y avait eu l’Égypte du grand Gamal Abdel Nasser, qui s’était alignée après la guerre des Six Jours, du 6 au 10 juin 1967. Elle est le meilleur élève des USA après Israël et bénéficie de l’une des plus grosses enveloppes d’aides et d’armements. C’est cette «compromissio» qui avait permis à l’Occident de créer facilement Israël là où il est et de lui permettre de s’agrandir à volonté, malgré la résolution 181 qui l’a créé et la proclamation de l’État le 14 mai 1948, et malgré les multiples résolutions qui sont restées sans aucun effet. Il continue ainsi de s’agrandir sans fin.
Pour conclure, les pays que l’Iran vient de viser sont des bases arrière d’Israël et des USA. Souvenez-vous des dernières frappes sur l’Iran par Israël qui ont coûté la vie au chef d’état-major des armées : les avions de chasse auraient traversé la Jordanie et se seraient ravitaillés en Arabie Saoudite pour mieux accomplir leur forfait. La question qu’il faut se poser : comme hier dans un post quelqu’un disait, le Conseil de sécurité est-il en vacances ? Existe-t-il une Oumma islamique ? L’OCI et la Oumma islamique sont-elles en vacances ? L’OCI n’a dit mot depuis le début de cette guerre.
Le monde est plus que jamais troublé. Il faut que notre pays et l’AES financent massivement la formation professionnelle à tous les échelons pour disposer, en quantité et en qualité, des ressources humaines capables de les projeter à court, moyen et long terme. Il n’y a aucun pays africain qui figure sur la liste des pays qui investissent dans la formation de pointe. Même les pays du Maghreb ne sont pas sur la liste.
Ambassadeur Mamoudou Moumouni
Inspecteur de l’Enseignement, de la Formation Technique et Professionnelle, option (STI, Électro Énergie),
Auditeur du Centre d’Analyse et de Recherche de l’Espace Sahélo-Saharien (CARESS), École de Maintien de la Paix, Mali
Source : L’Aube
