Les signaux d’un rapprochement progressif entre la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et la Confédération des États du Sahel (AES) se multiplient à travers la sous-région, portés par des initiatives diplomatiques simultanées à Lomé, Dakar et Cotonou, dans un contexte marqué par plusieurs mois de tensions institutionnelles.
À Lomé, une réunion informelle tenue en marge de la stratégie Togo–Sahel 2026–2028, sous l’égide du président du Conseil Faure Essozimna Gnassingbé, a permis de poser les jalons d’un futur cadre formel de coopération entre les deux ensembles régionaux. Autour de la table figuraient les chefs de la diplomatie du Mali, du Burkina Faso et du Niger, aux côtés du président de la Commission de la Cédéao, Omar Alieu Touray, et du négociateur en chef de l’organisation, Lansana Kouyaté.
Les échanges ont porté sur les contours d’une coopération structurée, notamment dans les domaines sécuritaire et économique, avec un accent sur les corridors logistiques et la préservation des acquis de l’intégration régionale.
« L’AES reste dans un esprit d’ouverture, car le plus important est de préserver l’essentiel pour le bonheur des populations de l’Afrique de l’Ouest », a déclaré le chef de la diplomatie burkinabè à l’issue des discussions.
À Dakar, le ministre sénégalais de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères, Cheikh Niang, a indiqué vendredi devant l’Assemblée nationale que le Sénégal disposait de « fortes chances » d’assurer la présidence en exercice de la Cédéao, le mandat du président sierra-léonais Julius Maada Bio arrivant à terme dans les prochaines semaines.
« Il y a de fortes chances que le Sénégal assure pour l’année qui vient la présidence en exercice de la Cédéao », a-t-il affirmé, soulignant la volonté de Dakar d’inscrire cette responsabilité dans la dynamique de gestion des crises régionales, notamment au Mali.
Cette perspective intervient alors que le Sénégal occupe déjà une position centrale au sein de l’organisation. En décembre 2025, lors du sommet d’Abuja, le pays avait obtenu la présidence de la Commission de la Cédéao pour le mandat 2026–2030. Une éventuelle présidence tournante de la Conférence des chefs d’État lui permettrait de cumuler les leviers politique et exécutif de l’institution, dans un contexte marqué par les défis sécuritaires au Sahel et la recomposition des relations avec l’AES.
À Cotonou, la prise de fonction du président béninois Romuald Wadagni a également apporté un signal d’ouverture. Dans son discours d’investiture, dimanche 24 mai, il a insisté sur la nécessité d’une coopération régionale renforcée face aux menaces sécuritaires.
« Dans une sous-région confrontée aux périls terroristes, nous sommes condamnés à travailler ensemble », a-t-il déclaré, dans une allocution marquée par un appel implicite à la convergence régionale.
La présence de délégations du Mali, du Burkina Faso et du Niger à la cérémonie a été largement remarquée, illustrant une volonté d’assouplissement des lignes diplomatiques. Le Premier ministre nigérien Ali Mahamane Lamine Zeine a évoqué « une nouvelle voie qui s’ouvre », tandis que les chefs de la diplomatie malien et burkinabè avaient pris part aux échanges préparatoires.
Cette évolution intervient après une période de fortes tensions entre le Bénin et le Niger, marquée par la fermeture des frontières, des accusations de déstabilisation et des différends diplomatiques liés au contexte politique régional. Malgré ces frictions, des intérêts économiques communs, notamment autour des infrastructures pétrolières et portuaires, continuent de favoriser des perspectives de normalisation.
Dans l’ensemble de la sous-région, ces initiatives parallèles traduisent une inflexion progressive vers la relance du dialogue entre la Cédéao et l’AES. Malgré les divergences institutionnelles persistantes, les différentes capitales semblent converger vers un objectif partagé : la mise en place de mécanismes de coopération structurés, centrés sur la stabilité régionale, la sécurité collective et la préservation des intérêts des populations ouest-africaines.
AC/Sf/APA
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