Le Conseil national de Transition (CNT) a ouvert, lundi 13 avril 2026, sa session ordinaire dite «session d’avril» au Centre international de conférences de Bamako (CICB).
Présidée par le Général Malick Diaw, cette rentrée parlementaire de trois mois s’annonce comme l’une des plus stratégiques depuis l’installation de l’organe législatif de la Transition. Avec trente-deux textes inscrits à l’ordre du jour, dont vingt-quatre nouveaux projets et propositions de loi, les conseillers nationaux sont appelés à poser les fondations législatives de la refondation de l’État et du renforcement de la souveraineté nationale
Cette session s’inscrit dans la dynamique ouverte par l’adoption de la Constitution du 22 juillet 2023, qui a redessiné les contours du paysage institutionnel malien. Le CNT, en tant qu’organe législatif de la Transition, a désormais la responsabilité d’adopter les lois organiques et ordinaires nécessaires à la mise en œuvre de cette nouvelle architecture. Les travaux visent à mettre en cohérence le cadre juridique national avec les réalités politiques et sécuritaires actuelles, condition essentielle au retour à l’ordre constitutionnel normal.
Parmi les dossiers majeurs, la réforme du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) occupe une place centrale. Attendue depuis plus de deux décennies, cette réforme vise à garantir l’indépendance de l’appareil judiciaire et à renforcer la crédibilité de l’État de droit.
Sur le plan sécuritaire, les conseillers nationaux devront examiner les textes relatifs à la réorganisation des forces publiques, notamment la création des Directions générales de la Police nationale et de la Protection civile. Ces réformes traduisent la volonté de renforcer la résilience des forces de sécurité face aux menaces asymétriques, du terrorisme à la criminalité transfrontalière en passant par la cybercriminalité.
La souveraineté économique sera également au centre des débats avec le projet de loi portant création de la Société de patrimoine minier du Mali (SOPAMIM). Détenue à 100% par l’État, cette société aura pour mission de gérer les participations publiques dans les sociétés minières et de maximiser les retombées économiques du secteur extractif au profit du budget national et des communautés locales.
Réformes sociales et institutionnelles
La session abordera aussi des textes à fort impact social et administratif. La réforme du Statut général des fonctionnaires prévoit de nouveaux mécanismes d’évaluation des performances, des avancées en matière de carrière et des ajustements sur le régime des retraites. Le secteur du sport bénéficiera d’une relecture de la loi de 2017 pour professionnaliser davantage les structures et aligner la gouvernance des fédérations sur les standards internationaux.
Enfin, la réforme des Collectivités territoriales, avec la création d’une Agence nationale d’investissement, vise à redéfinir les mécanismes de financement du développement local, en mettant l’accent sur la transparence et l’efficacité dans la gestion des ressources.
À cet ordre du jour déjà dense s’ajoutent des projets de loi en instance depuis les sessions précédentes. Le projet de loi électorale, crucial pour l’organisation des futures consultations populaires, devra être examiné avec attention. De même, le texte déterminant les modalités de la destitution du Président de la République, prévu par la nouvelle Constitution, reste à adopter pour parachever l’architecture institutionnelle.
Dans son discours d’ouverture, le Président du CNT, le Général de corps d’armée Malick Diaw, a appelé les conseillers à faire preuve de discipline et de sens élevé de l’État. «L’examen de ces projets de textes dans le contexte actuel exige de chacun de nous une hauteur de vue, une rigueur institutionnelle et un sens aigu de l’intérêt supérieur de la Nation malienne», a-t-il déclaré.
Il a également insisté sur la mission de contrôle de l’action gouvernementale, rappelant que le CNT doit être un garde-fou démocratique. Ce contrôle se traduira par des auditions renforcées, des questions plus incisives et des missions parlementaires sur le terrain, afin de garantir la redevabilité et la transparence dans la gestion publique
Cette session de trois mois s’annonce comme un test grandeur nature de la capacité du CNT à incarner une rupture positive et à poser les bases législatives solides de la nouvelle République. Entre justice, sécurité, économie et gouvernance, les textes à examiner traduisent l’ambition de refonder l’État et d’affirmer la souveraineté nationale.
Le peuple malien, attentif et exigeant, attend des conseillers qu’ils soient à la hauteur de ces enjeux historiques et qu’ils inscrivent leur action dans une logique de résultats concrets, au service de la nation.
M. SANOGO
Source : L’Aube
