Crise de Gasoil au Mali : Quand le marché noir supplante le circuit normal de distribution

Depuis plusieurs semaines, le Mali est confronté à une pénurie persistante de gasoil qui perturbe profondément les activités économiques et le quotidien des populations.

Derrière les longues files d’attente dans les stations-services et les pompes à sec, un phénomène inquiétant prend de l’ampleur. Il s’agit de la montée en puissance du marché noir, devenu pour beaucoup, une alternative forcée au circuit officiel de distribution.

Dans plusieurs villes du pays, notamment à Bamako, le constat est le même. Les stations-services sont soit à cours de stock, soit rationnent la vente. Les automobilistes, transporteurs et opérateurs économiques passent des heures à espérer quelques litres de carburant, souvent sans succès. Pendant ce temps, dans les quartiers et aux abords des grands axes, des vendeurs informels proposent du gasoil en bidons, à des prix largement supérieurs à ceux fixés par les autorités. Avec la complicité des clients, il faut l’avouer.

Cette situation révèle un déséquilibre profond entre l’offre et la demande. Le circuit normal de distribution, fragilisé par des difficultés d’approvisionnement, des contraintes logistiques et parfois des dysfonctionnements internes, n’arrive plus à répondre efficacement aux besoins. Dans cet espace laissé vacant, le marché noir s’est engouffré, structuré autour de réseaux informels qui exploitent la rareté pour maximiser leurs profits.

Mais cette économie parallèle n’est pas sans conséquences. D’abord sur le plan économique : la flambée des prix du gasoil sur le marché noir entraîne une hausse en cascade des coûts de transport, impactant directement les prix des denrées de première nécessité. Ensuite, sur le plan sécuritaire et sanitaire, la vente de carburant hors normes, souvent stocké dans des conditions précaires, expose les populations à des risques d’incendie et à des produits de qualité douteuse, d’où l’obligation de dénoncer pour la sécurité publique.

Pour les transporteurs, les agriculteurs et les petites entreprises, la situation devient intenable. Le gasoil étant un produit stratégique pour de nombreuses activités, sa rareté ralentit les chaînes de production, perturbe les livraisons et menace des milliers d’emplois. Dans les zones rurales, où l’accès à l’énergie est déjà limité, les conséquences sont encore plus marquées.

Face à cette crise, les autorités sont attendues sur plusieurs fronts. Il s’agit d’abord de rétablir rapidement l’approvisionnement régulier du marché en carburant, en renforçant les capacités logistiques et en sécurisant les circuits d’importation et de distribution. Ensuite, de lutter efficacement contre le marché noir, non seulement par des mesures répressives, mais aussi en s’attaquant aux causes profondes de son expansion.

Cela est d’autant plus pertinent que le marché noir ne prospère que là où le système formel faillit. Tant que les stations-services resteront à sec et que l’accès au carburant sera incertain, les consommateurs continueront de se tourner vers des solutions alternatives, malgré les coûts et les risques. Par ailleurs, cette crise de gasoil agit aussi comme un révélateur des fragilités structurelles du secteur énergétique malien.

Elle pose en effet avec acuité la question de la régulation, de la transparence et de la résilience du système de distribution. Plus largement, elle interpelle sur la nécessité d’anticiper les chocs et de mettre en place des mécanismes durables pour garantir l’accès à des ressources aussi stratégiques.

En définitive, tant que le circuit officiel ne retrouvera pas sa pleine efficacité, le marché noir continuera de dicter sa loi, au détriment de l’économie nationale et du bien-être des populations. Le défi est donc urgent, l’État doit reprendre le contrôle, avant que l’informel ne s’impose durablement comme la norme.

Fousseyni SISSOKO

 

Source ; Notre Voie

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