Exploitation minière à Kadiolo : Ces projets de Somisy-SA qui divisent

La clôture du périmètre du site A21 et la construction d’une fosse destinée à recueillir des déchets chimiques, dénommée TCF3, sont deux projets que la Société des mines d’or de Syama (Somisy-SA) entend mettre en œuvre dans la Commune rurale de Fourou.

Sous l’égide des autorités administratives locales, plusieurs rencontres ont été organisées afin de rassurer les populations sur le processus d’indemnisation et les éventuelles conséquences de ces projets. Mais, loin d’apaiser les inquiétudes, ces échanges semblent avoir davantage creusé le fossé entre la société minière et les communautés riveraines.

Le 4 septembre dernier, ils étaient nombreux à avoir répondu à la convocation du préfet du cercle de Kadiolo. Autour de la table : le maire de Fourou, les chefs des villages de Bananso, N’Golopéné et Syama ainsi que leurs conseillers, des représentants de la Société des mines d’or de Syama (Somisy-SA), des paysans concernés par le processus d’indemnisation, le directeur régional de la géologie et des mines de Sikasso, ainsi que des représentants de la Police, de la Gendarmerie et de la Garde nationale.

Au cœur des échanges, deux projets que la Somisy-SA prévoit de réaliser dans la zone. Il s’agit, d’une part, de la clôture du périmètre correspondant au site A21 et, d’autre part, de la construction, à quelques kilomètres du village de Bananso, d’une fosse destinée à recevoir les déchets chimiques et autres eaux usées issus des activités minières.

La rencontre, qui devait permettre de rassurer les populations sur le processus d’indemnisation des paysans concernés et sur les conséquences éventuelles des travaux, n’a toutefois pas produit l’effet escompté. Au contraire, elle aurait contribué à accentuer les incompréhensions entre la société minière et les populations riveraines. C’est en tout cas ce qui ressort du procès-verbal de la réunion, dressé par l’office de Me Youssouf Togo, commissaire de justice à Sikasso, présent à la demande du chef de village de Bananso, Souleymane Sogodogo dit Blavé.

 Le dialogue sous tension

Dans son mot introductif, le préfet de Kadiolo, Bakary Dioman Diakité, qui présidait la séance, a rappelé que l’objectif principal de la rencontre était d’échanger sur l’indemnisation des paysans qui pourraient être privés de leurs champs si les projets de la mine venaient à être réalisés. Conscient des réticences exprimées par les populations, il a appelé les différents protagonistes à privilégier le dialogue, la cohésion sociale, le vivre-ensemble et le civisme. Mais ses propos ont également été perçus comme une mise en garde. «Ne nous opposons pas à l’État. Nous pouvons utiliser la force mais nous ne le ferons pas pour le moment », aurait déclaré le chef de l’Exécutif local, avant d’inviter le maire de Fourou et les chefs de village présents à s’impliquer pleinement dans le processus d’indemnisation.

Du côté de la mairie de Fourou, le constat n’était guère plus rassurant. Le maire, Ousmane Ouattara, alias Sembène, a déploré le nombre élevé d’absents à la rencontre. Sur les 23 paysans convoqués, seuls 15 avaient répondu à l’appel du préfet, a-t-il indiqué. L’édile a également évoqué les difficultés rencontrées dans l’identification des paysans concernés par les indemnisations. « Le jour où j’ai voulu faire le recensement, il n’y a qu’une seule personne qui s’est présentée. Toutes les autres ont refusé », a-t-il déploré, reconnaissant ainsi que le processus était encore loin d’être achevé. Plus préoccupant encore, en réponse à une instruction du préfet, le maire aurait publiquement reconnu ne disposer d’aucun autre espace cultivable à proposer aux paysans qui seraient expropriés de leurs terres.

Pour sa part, le directeur régional de la géologie et des mines de Sikasso a mis en avant les avancées apportées par le nouveau Code minier en matière d’indemnisation et de prise en compte des intérêts des communautés. Les représentants de la Somisy-SA, notamment M. Bouaré, ont, eux, insisté sur le caractère indispensable des deux projets pour la survie de l’exploitation minière. « Les travaux de A21 et TCF3 sont indispensables pour la survie de la Somisy. En bloquant A21, c’est la fin de la mine. Et si c’est le cas, c’est le licenciement, pas de patente, pas de redevance», ont-ils alerté. La société minière s’est toutefois engagée à indemniser les paysans concernés, conformément aux textes en vigueur au Mali.

Après quatre heures d’échanges dans les locaux de la Préfecture, ni les mises en garde du préfet ni les assurances données par les représentants de la Somisy-SA ne semblent avoir suffi à dissiper les inquiétudes des populations. Les paysans ont, tour à tour, exprimé leurs préoccupations concernant les conséquences sanitaires, économiques, sociales et environnementales des projets envisagés. « Nous souhaitons que l’espace réservé aux déchets chimiques et aux eaux usées soit aménagé de sorte que l’environnement soit protégé. Oui à la clôture du site A21, mais que la Somisy nous permette au moins d’accéder à nos champs », a plaidé Madou Sogodogo, ressortissant de Bananso. Une inquiétude partagée par d’autres intervenants, notamment Seydou Sogodogo et Bakary Sogodogo. Karim Sogodogo est, pour sa part, allé plus loin en évoquant le risque d’une éventuelle relocalisation du village de Bananso.

Pour Souleymane Nouhoum Sogodogo, homonyme et conseiller du chef de village de Bananso, la situation pose une question fondamentale : comment concilier les impératifs de l’exploitation minière avec les moyens de subsistance des communautés ? «Nous ne nous opposons aucunement à la décision des autorités, mais en clôturant l’ensemble du site A21, cela prive au moins trente (30) chefs de famille de leurs champs. Qu’allons-nous donc devenir, nous qui sommes concernés par cette situation ?», s’est-il interrogé. Selon lui, le projet TCF3 suscite également de sérieuses inquiétudes au sein de la population de Bananso. Le futur site de stockage des déchets se retrouverait à environ quatre kilomètres du village, contre 17 kilomètres pour les installations précédentes. Une proximité qui, selon les populations, pourrait accroître les risques de pollution et avoir des conséquences sur les activités quotidiennes. Le cheptel pourrait notamment être privé de pâturages, tandis que l’accès des femmes au bois de chauffage pourrait devenir plus difficile.

 Entre indemnisation et survie

En définitive, si elles ne s’opposent pas ouvertement aux projets de la Somisy-SA, les populations des trois villages concernés – Bananso, N’Golopéné et Syama – redoutent que leur mise en œuvre ne compromette davantage leurs moyens de subsistance. Au-delà des indemnisations auxquelles les paysans concernés peuvent prétendre, c’est surtout la perte des terres agricoles qui cristallise les inquiétudes. Priver une trentaine de familles de leurs champs constitue, pour ces communautés essentiellement agricoles, un bouleversement majeur. La situation est d’autant plus préoccupante que ces populations font déjà face aux difficultés liées à la mauvaise pluviométrie enregistrée au cours de la saison hivernale. À cela s’ajoutent les craintes environnementales et sanitaires liées à la gestion des déchets chimiques et des eaux usées. Pour les communautés riveraines, l’exploitation de l’or, qui dure depuis plusieurs décennies dans la zone, n’aurait pas encore produit les retombées escomptées sur leurs conditions de vie.

Pour rappel, la Société des mines d’or de Syama (Somisy-SA) est implantée dans la commune rurale de Fourou, dans le cercle de Kadiolo, région de Sikasso. Créée en 1989 par l’État malien et BHP-Utah, la société minière est passée, au fil des années, entre les mains de plusieurs groupes, notamment BHP (1989-1996), Randgold Resources (1996-2001), avant d’être reprise par Resolute Mining Limited depuis 2003. Aujourd’hui, l’enjeu dépasse donc la seule question de l’indemnisation. Il s’agit de trouver un équilibre entre la continuité d’une exploitation minière présentée comme indispensable à l’économie locale et nationale et la préservation des terres, de l’environnement et des moyens de subsistance des populations qui vivent autour de la mine.

Correspondance particulière de Nanourgou Koné

Source : Le Challenger

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