GOONGA TAN: Sahara occidental : le Mali se détache de la RASD et laisse l’Algérie dans les sables mouvants

Le retrait par le Mali de sa reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) relève de cette catégorie d’actes politiques dont la portée dépasse de loin le simple cadre d’un communiqué. Il s’agit d’un repositionnement assumé, mais aussi d’un révélateur des dynamiques nouvelles qui traversent aujourd’hui le continent africain.

Longtemps, le Mali a figuré parmi les soutiens constants de la cause sahraouie, dans la continuité d’une tradition diplomatique héritée des indépendances, marquée par les idéaux de solidarité panafricaine et l’appui aux mouvements de libération. Cette posture s’inscrivait alors dans une lecture du monde où la question du Sahara occidental était envisagée à travers le prisme du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Mais les temps ont changé, et avec eux les priorités, les contraintes et les alliances.

Simple coïncidence du calendrier ? Les djihado-rebelles ont repris du service le 24 avril dernier avec des armements jusque-là hors de leur portée. Certains ont choisi de se taire, s’en réjouissant intérieurement ; d’autres ont ouvertement condamné. Les FAMa, elles, ont fait face. Or, la décision de Bamako ne peut être comprise sans être replacée dans le contexte d’un basculement progressif, désormais assumé, vers un environnement où les impératifs de sécurité, de développement et de souveraineté redéfinissent les choix diplomatiques.

À cet égard, le Maroc, par sa présence économique, ses investissements structurants, ainsi que son engagement religieux et sécuritaire en Afrique de l’Ouest, s’est imposé comme un partenaire crédible et influent. En retour, plusieurs États africains ont progressivement réévalué leur position sur la question saharienne.

Ce mouvement de ralliement à la thèse de la marocanité du Sahara occidental n’a plus rien de marginal. Il s’inscrit dans une dynamique continentale et même internationale où de nombreux pays ont soit retiré leur reconnaissance de la RASD, soit ouvert des représentations consulaires à Laâyoune et Dakhla, marquant ainsi leur soutien implicite au plan d’autonomie proposé par Rabat.

Cette évolution fragilise considérablement le socle diplomatique sur lequel reposait la stratégie du Front Polisario et, par ricochet, celle de ses soutiens historiques, au premier rang desquels l’Algérie. Dans ce jeu de bascule, Alger apparaît de plus en plus isolée, comme engluée dans des sables mouvants dont elle peine à s’extraire. Son engagement indéfectible en faveur de la cause sahraouie, autrefois levier d’influence régionale, semble désormais produire l’effet inverse. À mesure que les États africains reconsidèrent leurs intérêts à l’aune des réalités économiques et ou sécuritaires, la posture algérienne perd de sa centralité et de sa capacité de mobilisation.

Le retrait du Mali, pays sahélo-saharien majeur et acteur stratégique dans la lutte contre l’insécurité régionale, accentue ce glissement progressif du terrain sous les pieds d’Alger.

Doit-on voir pour autant, dans la recrudescence récente des flambées terroristes, un enchaînement de causes à effets ? Il est trop tôt pour l’affirmer. Mais le moment choisi par Bamako pour opérer ce revirement, lui, n’est pas anodin. Il intervient dans une phase où le Mali cherche à redéfinir ses partenariats internationaux, à consolider sa souveraineté et à diversifier ses appuis dans un contexte de tensions avec certains acteurs traditionnels. Le rapprochement avec le Maroc s’inscrit dans cette logique d’ouverture vers des partenaires perçus comme respectueux des choix souverains du pays, et disposés à accompagner ses priorités de développement sans conditionnalités politiques ou railleries condescendantes jugées intrusives.

Par ailleurs, la conjoncture internationale joue également un rôle déterminant. La question du Sahara occidental, longtemps figée dans une impasse diplomatique, connaît une évolution notable avec le soutien croissant de puissances influentes au plan d’autonomie marocain. Cette tendance confère à cette option une légitimité accrue sur la scène internationale, au point d’être désormais considérée, par plusieurs États, comme la seule voie réaliste vers une résolution durable du conflit.

En s’alignant sur cette lecture, le Mali ne change pas simplement de position : il s’inscrit dans un courant qui redessine les contours d’un nouveau consensus international. Il faut, donc, aussi lire cette décision comme une affirmation de pragmatisme.

En outre, dans un environnement régional marqué par l’instabilité, les menaces sécuritaires et les défis économiques, les considérations idéologiques cèdent de plus en plus le pas à une diplomatie d’intérêts. Confronté à des enjeux existentiels, le Mali privilégie désormais les partenariats susceptibles de contribuer concrètement à sa stabilité et à son développement.

Dans cette perspective, le choix de Rabat apparaît moins comme un reniement que comme une adaptation aux réalités du moment. Ce tournant n’est pas sans conséquences. Il reconfigure les équilibres régionaux et nourrit des escarmouches comme celles du 25 avril, comparables à ces « morsures d’une abeille morte » ( dideh chou ka kini, en bamanankan). Elles font mal précisément parce qu’elles pourraient être les dernières.

La position malienne sur le Sahara occidental demeurera une ligne de fracture avec Alger tant que ce signal n’aura pas été déchiffré pour ce qu’il est : un repositionnement politique assumé.

Enfin, cette décision interpelle les tenants de la ligne traditionnelle, confrontés à l’érosion progressive de leur base de soutien. Comprendra qui voudra. Ainsi, le Mali, en retirant sa reconnaissance de la RASD, ne se contente pas de tourner une page de son histoire diplomatique ; il participe à l’écriture d’un nouveau chapitre, où les certitudes d’hier se dissolvent et où les lignes, à l’image des dunes sahariennes, se redessinent au gré des vents du réalisme politique.

DICKO Seidina Oumar

Journaliste – Historien – Écrivain

Source : Aujourd’hui-Mali

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