Très sale temps pour les acteurs de l’information et de la communication en ces moments troubles et incertains dans notre pays…
Très sale temps pour les acteurs de l’information et de la communication en ces moments troubles et incertains dans notre pays, plongé plus que jamais, dans une impasse tenace dont imaginer l’issue équivaudrait à tirer des plans sur la comète. Nous sommes, en effet, entrés depuis les tristes événements du samedi 25 avril 2026 dans une nouvelle phase de cette crise multidimensionnelle où désormais les forces du mal ayant constaté l’échec de leurs attaques tous azimuts à porter l’estocade semblent opter dorénavant pour l’abattage info-communicationnel. Or, il est justement malaisé de constater que dans ce registre nos médias locaux ne semblent pas suffisamment être outillés pour apporter le répondant nécessaire qu’on attend d’eux.
Le récent Forum panafricain des médias (FOPAME) tenu ici à Bamako a d’ailleurs insisté sur l’impérieuse nécessité de s’approprier notre «narratif africain» Sans savoir ce que cela signifie pour l’instant l’idée a tout de même l’avantage de secouer la corporation des journalistes en passe de devenir, il est vrai, une bergerie en proie à une certaine torpeur mais aussi et surtout où de plus en plus l’on croise des brebis galeuses dont malheureusement les comportements donnent parfois du tournis et ôtent tout crédit à la noblesse de ce métier de prestige(et de privilège?) qu’est le journalisme. Y entrer par effraction sans un bagage lourd ou à défaut une formation requise ou un recyclage adéquat équivaut à armer un charpentier métallique d’un bistouri et l’amener à pratiquer une chirurgie médicale.
La vague d’indignation suscitée par l’incarcération de nos deux (02) infortunés confrères Chahana Takiou et Abderahmane Keïta, au-delà des émotions et même des larmes compréhensibles, devrait plutôt à mon avis, inciter nos collègues à davantage balayer devant notre case commune. Car, j’ai comme l’impression que notre profession a cessé de jouer son rôle primaire d’éveil de conscience et de construction harmonieuse et organisée d’une véritable Nation.
Sans détailler les raisons de cette déviance des médias, il est utile de plutôt penser à leur réadaptation au nouveau contexte imposé par les soubresauts géopolitiques qui placent particulièrement nos États sahéliens dans une position de terres vulnérables face à la farouche convoitise des puissances impérialistes. La situation actuelle de nos États qui sont à la fois en transition et en guerre contre presque la totalité de ladite communauté internationale nous impose, à défaut d’un hypothétique dégel de la tension dans nos relations avec l’extérieur, d’adopter une posture d’unité pour sauver l’essentiel existentiel de notre pays.
Si nous sommes tous d’accord sur la réalité du complot ourdi avec toutes ses ramifications nous devons être également unis dans le combat pour bouter l’ennemi hors de nos frontières. C’est vrai que tout cet appel à l’union sacrée sera toujours comme une vaine prière, un vœu pieux tant que sur le front social les embellies escomptées tardent à se matérialiser.
La résilience du peuple est certes une attitude louable et souhaitable dans toute société en pareille circonstance mais elle semble avoir atteint ses limites. Du moins si l’on en juge par des voix qui se font de plus en plus nombreuses et qui n’ont à la bouche que la sempiternelle question de l’énergie dont la rareté dans les ménages, les lieux de travail et partout ailleurs, devient visiblement agaçante intenable voire inquiétante et intolérable.
La récurrence des velléités terro-djihadistes de plier de bon Bamako semble conforter à nouveau les autorités à concentrer l’essentiel des ressources sur l’outil de défense et de sécurité du pays. Au point que même aux yeux des populations exténuées les réalisations pourtant concrètes et visibles ne sont pas jugées à leur juste valeur. Parmi une frange considérable de nos concitoyens l’urgence s’appelle: l’eau nourriture et lumière.
Lorsque les intérêts deviennent divergents dans un climat aussi exponentiellement volatile et explosif le rôle des spécialistes de l’information et de la communication est de concourir à l’apaisement des souffrances en œuvrant à la publication professionnelle des informations. Toute autre posture pourrait s’apparenter à de la trahison préjudiciable au sacerdoce envers son peuple.
Nous espérons que les professionnels de notre métier sauront pleinement se donner tous les moyens de réussir cette réorientation dans le nouveau paradigme en dépit de l’adversité de la précarité et de toutes ces contingences extérieures. Mais on ne cessera de le redire: il est temps d’extraire les bonnes graines de l’ivraie. Les tonneaux vides ne serviront jamais notre cause.
Basse DIARRA
Source : L’Inter De Bamako
