Chronique : Manifeste citoyen

Alma mater, ô terre nourricière nôtre ! Maliennes, Maliens ; hôtes étrangers vivant sur le sol du territoire national de l’État malien…

Alma mater, ô terre nourricière nôtre ! Maliennes, Maliens ; hôtes étrangers vivant sur le sol du territoire national de l’État malien, laïc, républicain et démocratique, État de droit ! Soyez des nôtres pour témoigner de notre attachement à chaque portion de notre terre, legs séculaire de nos ancêtres. Ces ancêtres bâtisseurs de royaumes, aux lois inspirées de leurs traditions, culture d’humanité ou maya, avec une ligne séparatrice des pouvoirs et une catégorisation sociale purement sociologique. Ce corpus est le fondement de la communauté dans ce système de transmission souvent héréditaire.

Nous ne valons rien sur cette terre héritée qui nous abrite, enfouit nos déchets toxiques, excréments d’animaux et ordures ménagères. Elle nous supporte, avec ses montagnes et collines, quand nous roulons en deux-roues, 4×4 rutilantes, bus de voyageurs, cars Sotrama ou camions de marchandises, ou quand nous nous envolons de la même piste vers d’autres terres sous le même ciel de la ronde terre. Terriens ou simples êtres humains, nous formons des sociétés rurales et des mégapoles en rapide expansion. Sous nos pas comptés sur le goudron, des ruelles aux grands boulevards, le trop-plein de monde est constaté. L’explosion démographique est incontestable et l’environnement en prend un sacré coup.

Comment gérer toute cette m… ? Sur le dos de cette terre dont nous ne soupçonnons pas les richesses minières stratégiques qu’elle contient, nous sommes les gendarmes de son futur. Sans le savoir, nous sommes assis sur une montagne de richesses convoitée par des nations cupides. Connaître la valeur du sol, des pierres précieuses, des arbres et des plantes est un préalable. Travailler l’or, le diamant, le nickel et les systèmes énergétiques, c’est aspirer à vivre mieux, sans mercure, sans insécurité ni obscurité, ni panne de carburant ou d’électricité.

À Bamako, la dégradation est désolante. Les places publiques, jadis havres de paix faisant la beauté de «la coquette», sont devenues des cimetières de véhicules et des dépotoirs. La journée, lieu de prédilection des mendiants ; la nuit, endroits livrés aux délinquants dans les marchés fermés. L’état de ces lieux interpelle la mairie du district. L’embellissement suppose le déguerpissement et le nettoiement ; après, les nouvelles œuvres donneront de la visibilité si entretien et assainissement il y a. Nous salissons sans égards, car il n’y a ni pénalité ni sanction appliquée.

En cette énième journée mondiale de l’environnement, il est temps de revoir nos copies. Créatures douées de raison, nous mangeons les usufruits de la terre et nous abreuvons de l’eau des roches sans limites. Nous gaspillons le liquide vital pour laver nos voitures, arrosant nos jardins tout en laissant perdurer des fuites domestiques. Nous jetons les sachets sur la voie publique, domaine appartenant à tous, donc à personne. Les agents de contrôle font leur travail sans être souvent compris.

Nous détruisons les forêts pour transformer le bois mort en charbon — dont le sac coûte 7000 à 8000 francs CFA — sans tenir compte de l’empreinte carbone ni de la dégradation de l’air. La popote familiale est alimentée au charbon ou en fagots, fragilisant l’écosystème par des risques de réchauffement climatique et de déforestation. Pour nos ventres plats, qui paiera la note salée du bilan carbone ? Combien de véhicules polluent sans payer l’addition ? Mais c’est aux fumeurs qu’on demande de supporter le poids des interdits.

Ni la COP 27, ni le G7, ni l’ONU ne peuvent réparer le monde soumis à la destruction sauvage de multinationales véreuses. Le terrorisme, c’est l’art de nous apprendre à nous détester nous-mêmes, de l’incivisme utilisé contre nous pour nous nuire de l’intérieur. Ne nous laissons pas polluer par des nôtres. Les BRICS ont l’avantage de semer le pas, avec la Chine en tête pour réduire l’empreinte carbone. Rendons à la terre ce qu’elle a de plus glorieux : ce moment sacré où elle nous enveloppe en linceul ou cercueil chaque jour, pour que nous soyons moins nombreux à la torturer, minute après minute.

Ce manifeste citoyen est un puissant et vibrant appel à nos autorités de veiller sur le citoyen malien dans toutes ses demandes. Car l’État ne doit pas se contenter de faire seulement un constat ; il doit interpeller directement les responsables d’actes d’incivisme, d’incivilité, d’injures, de malpropreté et anti-citoyens. Nos lecteurs sont avertis : un jour ou l’autre le Code de l’environnement, de la salubrité et de l’hygiène sera IMPLACABLE pour chacun, chacune d’entre nous en tant qu’acteur de notre propre développement durable et responsable du salut public. C’est un devoir citoyen qui s’applique à garder l’âme du peuple, portée par des autorités conscientes et responsables de leur propre esprit patriotique. Face à une indignation saine et une volonté de redonner au Malien sa pleine responsabilité, il nous faut réveiller l’esprit animé ou animisme pour conserver jalousement notre héritage ancestral.

KML

Source : L’Aube

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