À quelques semaines de la Tabaski, les marchés à bétail de Bamako connaissent une forte tension.
Entre insécurité dans les zones pastorales, hausse des coûts de transport et réorganisation des espaces de vente, le prix du mouton atteint des niveaux difficiles à supporter pour de nombreux ménages.
Dans les différents Garbals de la capitale, vendeurs et acheteurs dressent le même constat : le mouton de Tabaski devient de plus en plus inaccessible.
Installé depuis plus de trente ans dans le commerce de bétail, Baradji Barry observe une situation qu’il juge exceptionnelle. « Mes béliers viennent de Mopti, mais cette année l’insécurité a réduit l’offre. Les animaux sont rares et les prix montent en flèche », explique-t-il.
Selon ce commerçant, les prix des moutons varient actuellement entre 125 000 et 350 000 F CFA, selon la taille et le poids de l’animal. Une hausse estimée parfois à plus de 50 000 F CFA par rapport à l’année précédente.
L’insécurité dans plusieurs zones d’élevage perturbe fortement l’approvisionnement des marchés bamakois. À cela s’ajoutent les difficultés de déplacement des troupeaux ainsi que les coûts liés à la sécurisation du transport des animaux.
« Celui qui réussit à trouver des béliers est obligé d’augmenter ses prix pour pouvoir dégager un bénéfice », souligne Baradji Barry.
Pour de nombreux ménages, acheter un mouton cette année représente un véritable défi financier. Certaines familles envisagent des solutions alternatives, même si elles ne correspondent pas à la tradition du sacrifice.
« Beaucoup préfèrent prendre des poulets à 50 000 F CFA plutôt que d’acheter un petit bélier. Mais le poulet ne remplace pas le mouton dans la tradition islamique », rappelle le commerçant.
Au-delà du mouton, plusieurs chefs de famille dénoncent une hausse généralisée du coût de la vie à l’approche de la fête. Nourriture, habillement des enfants, transport : les dépenses s’accumulent.
Amadou Diallo, père de famille, confie son inquiétude : « Tout est cher cette année : les habits des enfants, les condiments et maintenant le mouton. Pour les familles nombreuses, cela devient très compliqué. »
Autre difficulté pour les commerçants : le déplacement des Garbals de Niamana et Faladiè. Plusieurs vendeurs affirment avoir perdu leurs repères habituels et peinent à trouver de nouveaux espaces adaptés à la vente du bétail.
Certains louent désormais des concessions privées pour exposer leurs animaux, tandis que d’autres ont suspendu temporairement leurs activités.
Face à la tendance haussière des prix, certains Bamakois préfèrent acheter leur mouton plusieurs semaines avant la fête. Moussa Traoré dit avoir anticipé afin d’éviter une augmentation supplémentaire.
« J’ai acheté mon bélier à 140 000 F CFA. Ce n’est pas facile, mais la Tabaski reste une fête importante pour nous », explique-t-il.
D’autres espèrent encore une baisse des prix dans les jours précédant la célébration. C’est le cas de Seydou Coulibaly : « Avant, avec 75 000 ou 80 000 F CFA, on pouvait trouver un mouton correct. Aujourd’hui, même les petits béliers dépassent mes moyens ».
À mesure que la Tabaski approche, l’inquiétude grandit chez de nombreuses familles bamakoises. Une fête traditionnellement synonyme de partage et de solidarité se transforme, cette année encore, en véritable épreuve économique pour les ménages les plus modestes.
Souaré Coulibaly
Stagiaire
Source : Mali Tribune
