Blocus, manque de Gasoil, insécurité : La tabaski en confinement ?

À l’approche de la fête de l’Aïd el-Kebir, de nombreuses familles maliennes se préparent à quitter Bamako pour rejoindre leurs villages d’origine.

Comme chaque année, la Tabaski représente un moment privilégié de retrouvailles familiales, de solidarité et de transmission des traditions. Mais en 2026, les voyageurs font face à un contexte particulièrement difficile marqué par l’insécurité sur plusieurs axes routiers, la hausse du prix du carburant et la suspension de certaines liaisons de transport.

Selon plusieurs acteurs du secteur, une dizaine de compagnies de transport auraient réduit ou suspendu certaines dessertes vers la capitale, compliquant davantage les déplacements des populations à quelques jours de la fête.

Dans les gares routières de Bamako, les voyageurs constatent déjà l’augmentation des tarifs. Les transporteurs expliquent cette hausse par les difficultés d’approvisionnement en gasoil ainsi que par les risques sécuritaires sur certains itinéraires.

Modibo Diarra, chauffeur de car depuis dix ans, décrit un secteur sous pression : « L’augmentation du prix du carburant et l’insécurité ont des impacts négatifs sur notre travail. Avant, nous faisions deux allers-retours par jour, mais aujourd’hui ce n’est plus possible. Le coût du gasoil a augmenté et il devient difficile d’en trouver. Nous avons donc été obligés d’augmenter le prix des billets». Selon lui, la peur de l’insécurité réduit également le nombre de passagers : « Un car prévu pour 53 personnes part parfois avec seulement 30 voyageurs».

Malgré tout, l’approche de la Tabaski entraîne une reprise progressive des réservations. « Nous espérons pouvoir travailler normalement et nous comptons sur les militaires pour sécuriser les routes », ajoute-t-il.

Pour de nombreuses familles, renoncer au voyage reste difficilement envisageable. La Tabaski demeure avant tout une fête familiale qui se célèbre traditionnellement dans les villages d’origine. La famille Ségou, rencontrée avant son départ, affirme avoir maintenu son voyage malgré les difficultés.

« C’est une fête qui se vit en famille. Même si le voyage devient compliqué, nous ne voulons pas rester à Bamako », explique un membre de la famille Coulibaly. Même détermination chez la famille Traoré, en partance pour Sikasso : « La Tabaski est un moment de solidarité. Nous préférons supporter les coûts élevés du transport plutôt que de manquer cette célébration auprès des nôtres».

Pour la famille Diallo, qui doit rejoindre Mopti, la fête conserve une forte dimension spirituelle et communautaire : « Les difficultés sont réelles, mais la Tabaski nous rappelle que la foi et la famille sont plus fortes que les obstacles». Cette année, les déplacements liés à la Tabaski prennent une dimension particulière. Entre flambée des prix, raréfaction du carburant et insécurité persistante, chaque voyage demande davantage d’organisation et de sacrifices financiers.

Dans ce contexte, les transporteurs espèrent un renforcement des mesures de sécurisation des routes ainsi qu’une amélioration de l’approvisionnement en carburant afin de limiter les perturbations.

Malgré les difficultés, la volonté des familles de rejoindre leurs proches illustre l’importance des liens communautaires au Mali. Au-delà du simple déplacement, rentrer au village pour la Tabaski reste, pour beaucoup, un symbole de fidélité aux traditions et aux valeurs de solidarité.

Awa Ouattara

Stagiaire

Source : Mali Tribune

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