À Mopti et Sévaré, trouver un litre d’essence ou de gasoil relève désormais du parcours du combattant.
Stations-service désertes, files d’attente interminables, activités économiques ralenties et explosion des prix sur le marché parallèle : la région traverse l’une des plus graves pénuries de carburant de ces dernières années. Une situation qui révèle les fragilités de l’approvisionnement énergétique dans le centre du Mali et les difficultés croissantes auxquelles sont confrontées les populations.
Dans plusieurs localités de la région, les pompes sont à l’arrêt ou fonctionnent au ralenti faute de ravitaillement. Selon des témoignages recueillis sur place, les livraisons régulières de carburant se sont considérablement réduites depuis plusieurs mois.
Cette rareté a favorisé l’émergence de circuits parallèles d’approvisionnement. Un agent d’une organisation non gouvernementale présent dans la région, ayant requis l’anonymat, affirme qu’une partie importante du carburant actuellement disponible proviendrait du nord du pays et, dans une moindre mesure, du Burkina Faso.
« Le litre se vendait entre 2 000 et 4 000 F CFA selon les endroits et les disponibilités », explique-t-il. À mesure que les stocks se raréfient, les prix augmentent. Les difficultés d’acheminement, les risques sécuritaires sur les axes routiers et les coûts de transport alimentent cette flambée des tarifs qui pèse lourdement sur les ménages et les activités économiques.
Le plafonnement des prix en question
Face à la spéculation, les autorités auraient récemment tenté de réguler le marché en plafonnant le prix du litre à 2 000 F CFA.
Une mesure qui suscite toutefois de nombreuses réserves parmi les acteurs du secteur. Selon plusieurs sources locales, les fournisseurs se procureraient déjà le carburant entre 2 150 et 2 300 F CFA le litre avant même son transport vers les points de vente.
Dans ces conditions, estiment certains revendeurs, respecter le prix fixé reviendrait à vendre à perte.
Cette situation crée un paradoxe : alors que les autorités cherchent à protéger les consommateurs contre les prix excessifs, plusieurs vendeurs préfèrent suspendre leurs activités plutôt que d’assumer des pertes financières. Résultat : le carburant devient encore plus difficile à trouver.
À Sévaré, les conséquences de la pénurie sont visibles partout. Les déplacements deviennent plus compliqués, les coûts de transport augmentent et de nombreuses activités fonctionnent au ralenti.
« Nous sommes en panne sèche. Il n’y a pratiquement plus de carburant pour la population. Ce n’est pas facile, mais chacun essaie de faire avec les moyens du bord », témoigne Souleymane Karembé, enseignant.
Selon lui, les dernières citernes arrivées dans la région avant la fête de Tabaski n’auraient pas été destinées prioritairement au marché civil.
« Le carburant a surtout servi à approvisionner l’EDM pour assurer la continuité de la fourniture d’électricité ainsi que les forces armées. Une partie du stock aurait également été envoyée vers Bandiagara », affirme-t-il.
Si cette orientation peut se comprendre au regard des impératifs de sécurité et de continuité des services publics essentiels, elle laisse néanmoins une grande partie de la population confrontée à une pénurie persistante.
Un marché noir sous tension
La crise actuelle a également ravivé les tensions entre les autorités et les acteurs du commerce informel du carburant.
D’après plusieurs témoignages, certains revendeurs ayant acquis leurs stocks à des prix dépassant parfois 2 500 F CFA le litre refusent désormais de commercialiser leurs produits aux tarifs imposés. Beaucoup choisissent de conserver leurs réserves en attendant une évolution de la situation.
L’interpellation récente d’un revendeur par des agents en civil aurait davantage crispé les relations entre les différents acteurs, alimentant le sentiment d’un bras de fer autour du contrôle du marché.
Dans ce contexte, les consommateurs se retrouvent pris entre la nécessité de se procurer du carburant et des prix souvent hors de portée.
Au-delà de la pénurie elle-même, la situation met en lumière la forte dépendance de la région de Mopti à des circuits d’approvisionnement fragilisés par les contraintes sécuritaires et logistiques.
Lorsque les convois réguliers ralentissent ou s’interrompent, les mécanismes alternatifs prennent rapidement le relais, mais à des coûts beaucoup plus élevés et sans garantie de stabilité.
Cette crise rappelle également l’importance stratégique du carburant dans une région où les transports, le commerce, les activités agricoles, les services publics et même la production d’électricité dépendent largement de l’approvisionnement en produits pétroliers.
En attendant un retour à la normale, Mopti continue de vivre au rythme de la pénurie. Pour de nombreux habitants, la question n’est plus seulement celle du prix du carburant, mais celle de sa disponibilité. Une préoccupation devenue centrale dans le quotidien des populations du centre du pays.
Moussa Bangaly
Source : Mali Tribune
