C’est une guerre de sémantique, de logistique et de bulldozer qui se joue désormais dans l’ombre des massifs forestiers maliens, consacrant la domination des FAMa sur un ennemi aux abois.
En suspendant pour un an l’importation, le transit et la vente des motocyclettes de forte cylindrée sur toute l’étendue du territoire national, les autorités de transition ont posé un acte fort de leur stratégie de rupture. Cependant, le véritable tournant de cette offensive ne réside pas uniquement dans ce blocus commercial ou dans l’interdiction d’accès décrétée pour 39 forêts classées désormais placées sous un contrôle militaire strict.
Sur le terrain, une opération de génie militaire de grande envergure change la donne : ces massifs sont actuellement déboisés et méthodiquement transformés en clairières pour débusquer les groupes terroristes. Ce diptyque, consistant à priver l’ennemi de ses roues et à lui arracher son toit végétal, redéfinit entièrement les règles de la contre-insurrection au moment où l’appareil sécuritaire passe à une vitesse supérieure.
Pendant des années, la canopée de ces forêts classées a servi de bouclier thermique et visuel pour les bandes armées. Sous ce couvert forestier dense, les insurgés du JNIM installaient leurs camps d’entraînement, leurs dépôts de munitions et leurs centres de commandement, à l’abri de la surveillance des satellites, des avions de reconnaissance et des drones de frappe. La forêt offrait l’asymétrie parfaite en permettant de voir sans être vu. En engageant des opérations de déboisement ciblé pour créer de vastes clairières et des couloirs de visibilité, les forces de défense et de sécurité brisent ce précieux avantage tactique. L’arbre n’est plus un camouflage, il devient une cible potentielle pour les engins de chantier militaire.
Cette politique de la terre découverte force l’ennemi à se terrer ou à s’exposer, une nécessité absolue depuis les assauts simultanés du 25 avril 2026 subis à travers le pays. Dès lors que la forêt s’éclaircit, le ciel reprend ses droits. Les capteurs optiques et thermiques des vecteurs aériens peuvent à nouveau cartographier le terrain, détecter les mouvements suspects et guider les frappes de précision de l’armée de l’air avec une efficacité démultipliée.
L’efficacité de ce déboisement tactique s’avère totale lorsqu’on le croise avec l’interdiction des engins motorisés à deux roues. Les deux mesures agissent comme les deux mâchoires d’un même étau opérationnel.
L’arrachement du couvert végétal pousse les combattants hors de leurs caches traditionnelles, les obligeant à se déplacer pour ne pas être repérés par la surveillance aérienne.
D’autant plus qu’à partir de ce 15 juin 2026 (aujourd’hui), l’obligation d’immatriculation des engins à deux ou trois roues entre en vigueur, en même temps que l’interdiction de l’orpaillage dans les mines clandestines.
Parallèlement, le blocus sur les grosses cylindrées et leurs pièces détachées les prive simultanément de leur moyen de fuite ou de redéploiement rapide. Une unité terroriste débusquée dans une clairière fraîchement ouverte, sans possibilité d’utiliser la vélocité d’une moto puissante pour s’évanouir dans la nature, devient une cible fixe. Les pistes de brousse et les lisières de ces massifs, autrefois zones de haute dangerosité pour les forces régulières, se transforment en nasses logistiques où tout mouvement motorisé non autorisé équivaut à une sentence opérationnelle, tandis que les FAMa multiplient les missions de reconnaissance offensive pour détruire les points de regroupement détectés par le renseignement militaire.
Cette restructuration tactique s’accompagne d’un durcissement inédit des capacités de combat. L’armée malienne vient d’officialiser la sortie de sa toute première cohorte d’opérateurs des forces spéciales de l’armée de l’air. Ces unités d’élite, formées à intervenir avec une célérité et une précision chirurgicale, sont désormais déployées pour mener des frappes combinées et des assauts aéroportés directement au cœur des sanctuaires forestiers mis à nu. Les récents balayages terrestres et les frappes menées par les hélicoptères Mi-24 et les drones Forpost confirment cette dynamique de pilonnage systématique des positions de l’alliance opportuniste entre le JNIM et les éléments du FLA. Privés de la profondeur stratégique de la forêt et coupés de leurs lignes logistiques par le blocus des motos, les groupes armés subissent la puissance de feu des vecteurs aériens maliens et de leurs partenaires russes, qui harcèlent sans répit leurs bases arrières jusqu’aux confins de Kidal.
Cette suprématie militaire incontestée s’appuie sur un pilier central et redoutable : la forte implication des populations et le rôle crucial des informateurs locaux responsables. Sur le théâtre des opérations, le sursaut patriotique s’est traduit par une collaboration de chaque instant entre les civils et le commandement des FAMa. Les résidents des zones rurales et les leaders communautaires, conscients de leur responsabilité collective, refusent désormais de servir d’otages ou de complices passifs. Grâce à un maillage de renseignement humain performant, alimenté par des citoyens vigilants, les mouvements précis des terroristes en fuite sont transmis en temps réel aux forces de sécurité. Cette alliance sacrée entre l’armée et son peuple prive les insurgés de tout ancrage social et de toute capacité d’infiltration invisible. L’ennemi ne fait plus face à une armée isolée, mais à une nation entière levée pour défendre son territoire, transformant chaque village et chaque lisière de forêt en un piège de renseignements pour les assaillants.
L’articulation de ces mesures radicales montre que l’État a choisi d’employer les grands moyens pour résoudre la crise sécuritaire, en acceptant de payer un prix lourd sur les plans économique, social et écologique. C’est une stratégie de rupture totale qui consiste à modifier la géographie même du pays pour empêcher l’ennemi d’y vivre.
KML
Source : L’Aube
